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Exploitation minière et sismicité induite? Un éclairage historique sur une controverse d’actualité: l’exemple du Nord-Pas-de-Calais et de la Belgique, années 1880-années 1980 (2/3)

Avertissement

Cher(e) lecteur/lectrice,

Tu es encore là ? Tu n’as rien d’autre à faire de plus intéressant que de traîner tes yeux fatigués sur mon blog ? Si c’est le cas, je t’en remercie chaleureusement. Mais trêve d’effusion.

Tu t’apprêtes à lire la suite d’un billet relatif à la sismicité induite et aux exploitations minières. Il faut le vouloir mais je respecte ton choix. Qui suis-je pour juger de telle ou telle orientation personnelle ? Après tout, je suis l’auteur de ce billet. Dès lors, je t’encourage à poursuivre dans ton vice.

Je te conseille de lire d’abord ce premier billet ici avant d’entamer la lecture de celui-ci. Je préfère que les choses soient dites avant qu’on se fâche.

Puisque tu es toujours là, je t’invite à t’installer dans ton canapé et à profiter de la lecture de ce billet. Attention, ça risque de secouer.

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2. Les séismes dans le Nord de la France et le Hainaut belge, 1887-1983

a) La sismicité induite en Belgique et dans le Nord de la France

En 1867, dans une supplique au ministre des Travaux publics contre l’instauration d’une commission arbitrale (= tribunal arbitral privé instauré par les charbonnages actifs sous un territoire communal spécifique) dans sa commune, un habitant de Cuesmes, l’ancien architecte de la province du Hainaut, Valentin Van der Elst, mentionne déjà le lien qu’une partie des Borains opère entre les activités minières et les séismes :

« On comprend aisément qu’à chaque couche extraite, les mêmes mouvements se reproduisent toujours. Il s’ensuit que le banc de grès houiller, peu consistant par lui-même d’après sa nature, et séparatif de la couche extraite et de celle en extraction en-dessous, doit, seul, supporter tout le poids d’une masse de terres et de roches disloquées, sans aucune adhérence entre elles, formant un cube colossal de plusieurs centaines de mètres de longueur, de largeur, et de profondeur ou hauteur, soit 300 mètres de côté, ce qui donnerait vingt-sept milliers de mètres cubes pour neuf hectares de superficie. Chaque mètre cube, en moyenne, pesant 2000 kilogrammes formerait un poids total de cinquante quatre billions (milliards) de kilogrammes s’affaissant sur le banc de roche houillère dont il s’agit, qui s’affaissera lui-même avec cette énorme charge pour combler le vide créé par l’extraction de la houille de cette partie de couche. Quel fracas, quel broyement et quelles secousses résulteront de l’affaissement de cette masse, de ce poids énorme de terres et de roches diverses ! Qu’y-a-t-il alors qui puisse rester au sol sans s’ébranler, même à de grandes distances de verticales aux limites de l’extraction, et n’est-on pas en droit de hausser les épaules à ceux qui font l’incrédule quand on leur parle de tremblement de terre en ces lieux, comme on en éprouve de temps en temps à Cuesmes et autres endroits du Borinage ? »[Archives générales du royaume, Administration des mines. 1e série, 858/1, lettre de Van der Elst au ministre des Travaux publics, 30 juillet-5 août 1867].

Le Hainaut et le Nord de la France sont classés comme étant des zones d’aléa sismique respectivement élevée et modérée (figures 4 et 5). Pourtant, ces régions ont pendant longtemps été considérées comme étant relativement asismiques. Pierre Alexandre, de l’Observatoire royal de Belgique, ne relève que 10 séismes ayant leur épicentre dans le Hainaut ou le nord de la France entre 922 et 1783 alors qu’on en compte 35 entre 1887 et 1983. Même en tenant compte de l’effet de source et de l’absence de données instrumentales avant la fin du 19e siècle, on ne peut que s’étonner de la disparité entre l’activité sismique d’Ancien Régime et celle de la fin du 19e-fin 20e siècle [ALEXANDRE, 1990]. C’est à la suite d’une série de séismes de magnitude élevée survenue durant la période d’exploitation du charbon dans la zone exploitée que ces deux régions ont été considérées comme zones d’aléa sismique relativement élevé en comparaison des autres zones voisines (voir tableau 1).

Avant que l’exploitation du charbon ne prenne un tournant industriel vers les années 1850, aucune source historique ne mentionne des séismes d’une telle magnitude en Hainaut et dans le Nord de la France [DESCAMPS, 2009]. Ces séismes sont assez nombreux sur une période de temps réduite (entre 1887 et 1983) et localisés principalement dans les bassins miniers. On peut légitimement se poser la question suivante: existe-t-il une influence possible de l’activité extractive sur l’activité sismique ?

Cette question de la sismicité induite par les industries minières n’a fait l’objet d’une attention particulière de la part des géologues et des ingénieurs des mines belges que très récemment. La première et principale étude spécifique sur le sujet est, dans l’état actuel de mes recherches, celle de Leslie Descamps dans le cadre de son mémoire de master en ingénieur civil des mines-géologue à la Faculté polytechnique de l’Université de Mons (l’ancienne école des mines du Hainaut pour l’anecdote) en 2009 [DESCAMPS, 2009]. Dans son travail, elle ne cherche pas à répondre à la question mais plutôt à vérifier s’il est impossible ou non d’établir un tel lien. Sa recherche se veut être une base pour des études approfondies ultérieures.

Elle montre qu’il y a des indices permettant de penser qu’un lien entre activité extractive et activité sismique ne peut être écarté. Elle aboutit au constat qu’il y a une correspondance spatiale entre les zones où se sont produits les séismes et celles qui ont fait l’objet d’une exploitation du charbon. Cette étude se veut novatrice et est incontournable pour l’historien environnementaliste intéressé par les industries extractives. Toutefois, cette étude n’est pas exempte de défauts et de faiblesses méthodologiques, surtout au point de vue de la discipline historique. Je ne peux que regretter la pauvreté des sources utilisées (les données de l’ORB, des documents de la Cellule Sous-sol/Géologie du SPW DGARNE, les Annales des mines de Belgique et l’aide d’un ingénieur des mines retraité pour trouver des documents historiques traitant du lien possible entre l’activité minière et l’activité sismique) et de la bibliographie présentée sans que cela ne nuise au travail accompli et remette en question les hypothèses avancées. Pourquoi les articles de la revue de l’ORB Ciel et Terre n’ont-ils pas été mobilisés ? Idem pour ceux parus dans les deux principales revues géologiques de Belgique les Annales de la société géologique de Belgique et les Bulletins de la société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie ? Ce manque de rigueur dans la recherche heuristique et bibliographique et dans le traitement des données historiques est une raison de plus pour favoriser le partenariat entre chercheurs en sciences naturelles et chercheurs en sciences sociales et humaines.

Figure n° : Zonage sismique de la Belgique selon la norme Eurocode-8 (Source: Observatoire royal de Belgique).
Figure n° 4: Zonage sismique de la Belgique selon la norme Eurocode-8 (Source: Observatoire royal de Belgique). Le Hainaut et la province de Liège sont classés comme des zones d’aléa sismique élevé à cause des séismes qui ont eu lieu pendant la période d’activité des charbonnages [DESCAMPS, 2009].
Zonage sismique du Nord-Pas de Calais en 2010 (Source: BRGM).
Figure n° 5: Zonage sismique du Nord-Pas de Calais en 2010 (Source: BRGM). Le Valenciennois, l’Avesnois et le Cambrésis sont classés en zone de séismicité modérée.

La question de la sismicité induite est relativement neuve dans le paysage scientifique belge et demeure encore marginale dans les études des sismologues [voir notamment CAMELBEECK, PLUMIER et GARCIA-MORENO, 2013, p. 100-101, sur le tremblement de terre de Liège de 1983]. Cette absence ou, pour être plus direct, cette négligence, des travaux sismologiques belges pour la sismicité induite est due, on le verra plus loin, à l’action et à l’influence de certains géologues issus de l’école des mines de Mons et actifs à la fin du 19e et durant une large partie du 20e siècle. Dire pour autant que la thématique n’est pas présente à l’esprit des géologues et des sismologues belges est présomptueux. Le sujet apparaît en filigrane.

La première station sismologique belge est créée en 1898 à l’initiative d’Eugène Lagrange, professeur de physique à l’École royale militaire, et intégralement financée par Ernest Solvay, industriel et mécène belge. Cette station est installée à Uccle en région bruxelloise et enregistre des données sismiques depuis 1899 [VERHAS, 2009]. Jusqu’en 1958, elle reste la seule station sismologique du pays. En 1958, une station est installée à Dourbes et le réseau n’a cessé de s’étendre et de se développer jusqu’à compter 23 stations. À partir de 1999, le réseau sismique est complété par un réseau d’accéléromètres réparti à travers le pays.

Dès le début de la mise en place du réseau de surveillance sismique, la question des séismes induits transparaît. Le projet initial d’Eugène Lagrange prévoit d’organiser 5 autres stations en plus de celle d’Uccle: au littoral, au puits de la mine de charbon de l’Agrappe à Frameries, dans le bois de Colfontaine (bassin houiller du Borinage), dans les carrières de porphyre de Quenast et à Liège (également dans la galerie d’une mine de charbon). Vers 1903, la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie installe des instruments de sismologie à Quenast et aux charbonnages de l’Agrappe dans la fosse Grand-Trait à 850 mètres de profondeur, afin de vérifier si les coups de grisou peuvent être des phénomènes précurseurs d’événements sismiques ultérieurs [SOMVILLE, 1936 ; VAN CAMP et CAMELBEECK, 2004]. Ces stations sont rapidement abandonnées vu les difficultés rencontrées pour les alimenter en électricité (j’émets quelque réserve quant à ces raisons). Eugène Lagrange dit au sujet de ce projet en 1904 : la phase d’installation a réclamé beaucoup de temps, énormément de peines et a eu à surmonter maintes difficultés inattendues […] À Frameries, dans les profondeurs de la mine grisouteuse, ce furent les recherches relatives à la suppression du danger de l’éclairage électrique (par accumulateurs, à remplacer journellement) qui ont été le principal obstacle à la mise en train et au bon fonctionnement des appareils [cité dans VAN CAMP et CAMELBEECK, 2004, p. 170-171]. Dans leur article Van Camp et Camelbeeck, de l’ORB, ne poussent pas l’analyse plus loin. Pourtant, Lagrange présente des données issues de la station de Frameries devant la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie durant sa séance du 21 mars 1906. La station est parfaitement opérationnelle. Ce sont plutôt, d’après les sources disponibles, le désintérêt des charbonnages et du gouvernement à soutenir le projet de la Société belge de géologie, et le manque de financement, qui sont la cause de son arrêt [Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, t. 20, 1906, p. 43-56].

Figure n° : Station sismique installée au charbonnage de l'Agrappe à Frameries en 1903 (Source: VAN CAMP et CAMELBEECK, 2004, p. 170).
Figure n° 6: Station sismique installée au charbonnage de l’Agrappe à Frameries en 1903 (Source: VAN CAMP et CAMELBEECK, 2004, p. 170).

La sismicité induite ressurgit à la fin des années 1960 lors du rehaussement du barrage de la Gileppe en province de Liège. Durant les travaux, le Ministère des travaux publics charge l’Observatoire royal de surveiller les événements sismiques engendrés par les explosions nécessaires pour la réalisation des travaux. Une station sismique est installée sur le chantier en octobre 1968 et fonctionne jusqu’en avril 1970. Suite à ces travaux sur le barrage de la Gileppe et comme il était beaucoup question dans la littérature scientifique de l’influence des grands réservoirs d’eau sur le déclenchement des tremblements de terre [notamment ROTHÉ, 1970], les responsables du Ministère des travaux publics ont demandé à l’Observatoire de s’occuper de la surveillance sismique des environs des barrages de la Gileppe et d’Eupen [VAN CAMP et CAMELBEECK, 2004, p. 173]. Une station est alors installée à Membach et fonctionne depuis 1977.

Dès lors, la question suivante se pose: pourquoi, alors que l’étude des séismes « artificiels » ou « déclenchés » apparaît dès la mise en place du réseau de surveillance sismique en Belgique à la fin du 19e siècle et que la question suscite de nombreux travaux dans le reste du monde, n’y-a-t-il aucune recherche spécifique sur le sujet avant le tremblement de terre de Liège de novembre 1983 [FRANÇOIS, PISSART et DONNAY, 1986] et surtout pour le Hainaut, avant l’étude de Leslie Descamps en 2009 ? Pour apporter des éléments de réponse à cette question, il faut aborder l’histoire des séismes touchant le Hainaut et le Nord-Pas de Calais durant la période d’exploitation du charbon, analyser principalement les discours scientifiques qui se développent autour de ces phénomènes et tenter de repérer l’influence que ces discours ont eu sur la perception de la sismicité induite en Belgique et dans le Nord de la France.

b) Les séismes des bassins miniers du Hainaut et du Nord-Pas de Calais entre 1887 et 1983

Entre 1887 et 1983, 35 séismes d’une magnitude supérieure à 3.0 Mw (c’est-à-dire perceptibles à la surface et pouvant causer des dégâts) touchent le Hainaut et le Nord-Pas de Calais. Ils sont principalement localisés, hormis quelques exceptions, dans la zone exploitée des deux bassins miniers. Certains ont causé quelques dégâts en surface et surtout des mouvements de panique au sein de la population.

Figure n° 7: Coupe du bassin houiller du Couchant de Mons. Les failles sont en noir, les veines de charbon en bleu, le Dévonien en brun. Source: BOULVAIN F. et PINGOT J.-L., Genèse du sous-sol en Wallonie, Bruxelles, Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-arts de Belgique, 2015, p. 112.
Figure n° 4: "Carte des séismes dans la province de Hainaut, 1900-1949" (Source: FOURMARIER P. et CHARLIER C., "Les séismes dans la province de Hainaut de 1900 à 1949", in "Bulletin de la Classe des Sciences de l'Académie royale de Belgique", t. 36, 1950, p. 210).
Figure n° 8: « Carte des séismes dans la province de Hainaut, 1900-1949 ». On remarque que la grande majorité de ces séismes surviennent dans les zones d’exploitation du charbon (Source: FOURMARIER P. et CHARLIER C., « Les séismes dans la province de Hainaut de 1900 à 1949 », in « Bulletin de la Classe des Sciences de l’Académie royale de Belgique », t. 36, 1950, p. 210).

Un séisme à Douai en 1885 ?

Dans son numéro du 3 juillet 1885, Le Progrès du Nord relate un tremblement de terre survenu dans les environs de Douai sans datation précise. Selon le journaliste le tremblement de terre de Douai, dont la cause était d’abord restée à l’état d’énigme, émeut vivement l’opinion depuis qu’on en connaît la véritable origine. On sait, en effet, aujourd’hui, qu’il est dû à l’écroulement sur plusieurs kilomètres de galeries de mines qui n’avaient pas été remblayées [Le Progrès du Nord, 3 juillet 1885].

L’article fait le lien entre l’augmentation de l’extraction du charbon et l’accélération du rythme d’exploitation et la survenue du séisme. Avant les années 1860, la Compagnie des mines d’Anzin remblayait souvent ses galeries. Jadis, les terres mêlées au charbon lors de l’abattage étaient laissées au fond et servaient, sur le côté de la partie bordée des galeries, à opérer ce que l’on nommait le rembourrage. Le coût de ce procédé est estimé à 1 franc français et 40 centimes par mètre cube. Mais plus tard, sous l’administration de M. de Marcilly, à l’époque où la Compagnie d’Anzin réalisait déjà par suite des hauts prix du charbon, des bénéfices énormes et où l’on voulut encore, dans un but de spéculation, pousser au maximum les dividendes à distribuer, on eut l’idée de remonter toutes les terres extraites. Cela réalisait une notable économie, puisque, ramené au jour, chaque mètre cube ne revint plus qu’à 15 centimes environ.

La volonté de la Compagnie d’Anzin d’augmenter ses profits en supprimant la séparation des terres stériles et du charbon au fond des galeries serait la cause de ce séisme. L’auteur de l’article incrimine l’Administration des Mines qui se montrerait trop tolérante envers les charbonnages. Les ingénieurs des mines, circonvenus par des relations mondaines, ferment les yeux sur les abus que commettent les compagnies, et font passer les intérêts mal ou bien entendus de celles-ci avant l’intérêt supérieur de la sécurité publique et de l’État. 

Il ressort explicitement de cette source que c’est le mode d’exploitation choisi délibérément par la Compagnie d’Anzin qui est la cause de ce séisme. L’absence de remblais dans les galeries abandonnées provoque l’effondrement brusque et soudain de ces dernières, générant une force suffisante pour créer une oscillation perceptible à la surface. La cause du séisme de Douai de 1885 apparaît être clairement d’origine humaine. Pour le journaliste, le tremblement de terre de Douai vient aujourd’hui de montrer à tous quelles peuvent être les suites d’une tolérance exagérée ,à l’égard de procédés d’exploitation inventés dans un but mercantile et dénués de toute préoccupation d’avenir.

Malgré l’absence de données historique sur le site SISFrance, ce séisme montre que, dès les débuts de l’extraction à l’échelle industrielle du charbon dans le Nord-Pas-de-Calais, la question de la sismicité induite se pose et génère des conflits entre compagnies minières, populations locales et ingénieurs des mines. Si la question est présente dans le débat public à la fin du 19e siècle, comment expliquer qu’elle disparaisse au 20e ? Pour cela, il faut passer de l’autre côté de la frontière et analyser l’influence des géologues belges dans le traitement de ce problème.

Les séismes d’Havré de 1887

Plusieurs séismes secouent Havré, une commune houillère située à l’est de Mons, en 1887 (en février et les 20 et 30 septembre ainsi que le 13 octobre). Emile de Munck présente ses recherches dans ce domaine durant la séance de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie du 26 octobre 1887. Il mène son enquête auprès d’un « grand nombre de chefs d’exploitations, d’ouvriers mineurs et de campagnards habitant la région où se sont produits les phénomènes sismiques » [Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, t. 1, 1887, p. 12].

Carte des tremblements de terre d'Havré du 19 novembre 1887 et du 27 novembre 1887
Figure n° 9: Carte des tremblements de terre d’Havré du 19 novembre 1887 et du 27 novembre 1887 (Source: DE MUNCK E., « Nouvelle note supplémentaire sur les tremblements de terre d’Havré (Séance du 18 décembre 1887) », in « Bulletin de la société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie », t. 1, 1887, p. 208).

De Munck décrit les séismes d’Havré de 1887 avec beaucoup de détails. Il constate que les secousses sont localisées et ressenties principalement à Havré où plusieurs types d’activités extractives sont présentes: carrières de sable et charbonnages. Le 15 février, le village est secoué une première fois. Les mouvements sismiques sont perçus en surface vers minuit et les bâtiments sont ébranlés. Les témoins parlent d’un bruit sourd, semblable à celui que produirait un chariot en marche lourdement chargé [Ibid., p. 179]. Cet incident, très localisé car toutes les parties de la commune ne l’ont pas ressenti, passe largement inaperçu pour la majorité des habitants d’Havré.

Une deuxième secousse touche Havré le 20 septembre au matin :

« Ce matin, à 6h40, Ducène Joseph, conducteur des travaux de la sablière d’Havré, était assis à son pupitre, dans le bureau distant d’environ 20 mètres du siège d’extraction. Tout à coup, il se sentit violemment secoué, tandis que tout le bâtiment, légèrement construit, craquait et paraissait vouloir s’effondrer. Le mur, contre lequel était adossé le pupitre, avait subi comme une irrésistible poussée.

Le premier mouvement de l’employé fut de s’élancer vers la porte. Au même instant, le machiniste se sauvait du hangar voisin qui abrite la machine d’extraction et qui est adossé au puits, disant qu’il avait cru que sa machine sautait, que le bâti des bobines ainsi que tous les engrenages craquaient comme pour se disloquer » [Ibid., p. 180].

La secousse dure environ deux secondes. Les ouvriers travaillant en surface n’ont presque rien ressenti. Par contre, au fond, tous les ouvriers étaient en émoi […] les mineurs se sont enfuis de leurs tailles pour parcourir les galeries voisines, pensant qu’elles s’étaient effondrées. De Munck se rend sur place, interroge les riverains et dresse une carte représentant l’étendue des terrains sur lesquels des oscillations ont été ressenties (figure 9). Il constate que le phénomène est très localisé et s’étendu sur une région circulaire dont le diamètre équivaut à environ 1000 mètres.

« Partout dans cette région, les mouvements sismiques ont sévi avec une intensité assez grande pour occasionner des tremblements accompagnés de bruit dans les habitations. Des campagnards qui travaillaient sur les champs ou dans leurs jardins ont ressenti des commotions dans le sens horizontal »

Une troisième secousse, de peu d’importance, frappe Havré le 30 septembre. Enfin, une dernière oscillation fait trembler la localité le 13 octobre. Elle se fait sentir dans la même zone que celles des 20 et 30 septembre. Dans les galeries souterraines de la sablière, deux ouvriers qui se trouvaient à 10h40 du soir […] à 20 mètres environ de profondeur, ont ressenti des secousses accompagnées d’un bruit sourd.

De Munck cherche ensuite quelles causes pourraient être à l’origine de ces tremblements de terre. Il envisage d’abord les mouvements du sol dûs aux affaissements causés par l’épuisement d’une couche aquifère mais écarte rapidement cette hypothèse. De Munck se demande alors si ces séismes très localisés auraient pu être engendrés par l’affaissement des galeries qui servent à l’extraction de la houille. Mais aussitôt cette idée émise, il la balaie soudainement. Sur base des propos du directeur du charbonnage et d’un ingénieur des mines, deux mots suffisent pour répondre à cette question [Ibid., p. 184]: comme les porions et les mineurs du charbonnage d’Havré travaillant au fond, à 400 mètres de profondeur, n’ont rien senti, les travaux miniers ne peuvent être mis en cause. De plus, l’absence complète d’affaissements, de dérangements, de glissements de couches, d’oscillations ou de bruit sourd dans les galeries, éloigne aussi l’idée d’un tassement dans la houille en formation. De Munck reprend la théorie communément admise par les géologues, les ingénieurs et les professionnels de la mine, postulant que les affaissements de terrains créés par le déhouillement des veines de charbon est lent, sans secousses ni bruit souterrain. Pour De Munck, les séismes d’Havré, bien que très localisés, ont une origine naturelle.

Néanmoins, l’idée selon laquelle les séismes d’Havré de 1887 présentent un caractère induit persiste. . D’abord, parce que les secousses ont une aire d’influence très réduites, et surtout, parce qu’elles surviennent dans une zone où sont actives deux entreprises extractives: la carrière de sable souterraine et le charbonnage d’Havré. On ne peut exclure le fait que les tremblements de terre aient été causé par l’effondrement brusque d’une galerie d’une de ces deux exploitations. D’ailleurs, Lancaster, directeur de l’Observatoire royal, pense que les mouvements constatés à Havré étaient très probablement dus à des glissements provoqués par les travaux des houillères [LANCASTER, 1897, p. 422]. Le rôle de l’exploitation houillère ne peut être négligée d’une part par sa proximité à la zone touchée et d’autre part, parce que l’extraction intensive du charbon commence en 1882 soit à peine 5 ans avant que les séismes surviennent à Havré, localité jusque là épargnée par ce type de phénomène.

Les mouvements de terrain brusques dans le Hainaut entre 1887 et 1895

Emile de Munck revient sur ses conclusions dans deux lettres adressés à la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie les 20 et 27 avril 1895. Celles-ci sont publiées dans le tome 9 du bulletin de la société. Dans sa lettre du 20 avril, de Munck évoque les nombreuses secousses que subissent les communes situées dans les régions houillères du Hainaut. Il fait remarquer à la société qu’ aujourd’hui les correspondants de nos journaux semblent attribuer, sans hésiter, les oscillations du sol survenue le 16 avril [1895, à Havré, Nimy, Ghlin, Obourg, Casteau, Boussoit, Thieu, Thieusies, Bracquegnies et La Louvière] dans une région ne comprenant pas moins de 10 communes, à des mouvements souterrains provoqués par de nombreuses exploitations minières [Bulletin de la société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, t. 9, 1895, p. 63].

De Munck est circonspect face à ces arguments. Il remarque que sur les 10 communes concernées, 4 ne possèdent pas de houillères sur leur territoire (Nimy, Obourg, Casteau et Thieusies). Pour lui :

« Il faudrait donc admettre, suivant l’hypothèse desdits correspondants, que le phénomène d’oscillation qui a si uniformément éprouvé une région relativement fort étendue et comprenant 10 communes, a été la cause d’accidents survenus dans les houillères de 6 localités seulement ou même de quelqu’une d’entre elles. Il y a là, à première vue, une sorte de disproportion qu’il faudrait expliquer » [Ibid., p. 64].

De Munck invite la société belge de géologie à se pencher sur ce problème afin de découvrir des points faibles dans les séries de couches, des parties ébranlables, sensibles au moindre accident, tassement, effondrement, etc., dû à l’action humaine, au déhouillement par exemple. 

De Munck insiste pour que la Société se lance dans une telle enquête dans sa lettre du 27 avril. Il y signale que dans le journal Le National du 22 avril, un article incrimine encore les charbonnages pour les séismes faisant trembler le Borinage:

«  […] les mouvements du sol n’ont pas disparu dans le Borinage. À Quaregnon, aux confins de la commune de Flénu, les terrains s’affaissent d’une façon inquiétante, sur une grande étendue de territoire, ébranlant et lézardant les habitations. Les propriétaires, malheureusement, n’ont aucun recours à exercer, la Société charbonnière de Belle-et-Bonne, qui exploitait le sous-sol à cet endroit ayant disparu »

De Munck constate que :

« Les correspondants de nos journaux persistent donc à considérer les oscillations du sol survenues dans le Hainaut comme étant une conséquence des exploitations minières. Cependant aucune enquête sérieuse n’a été faite sur cette grave question. Certes, a priori, l’on serait tenté d’endosser toutes les responsabilités aux sociétés charbonnières. Mais il me semble qu’avant tout il faudrait contrôler scientifiquement et très impartialement les faits afin que, si responsabilité il y a, chacun puisse en assumer la part plus ou moins grande qui lui revient. Évidemment, c’est à l’autorité supérieure, au Corps des Mines, à prendre l’initiative d’une telle enquête. Mais rien n’empêche, me paraît-il, qu’une société comme la nôtre, spécialement compétente en matière de géologie et qui a déjà rendu de si utiles services à la chose publique, soit consultée »

Le sujet, on s’en doute, est loin de motiver les membres de la société liés aux charbonnages pour la simple raison que reconnaître, ne serait-ce qu’une infime responsabilité, que l’extraction du charbon puisse être à l’origine de tremblements de terre ou en augmenter le ressenti à la surface équivaut à exposer les charbonnages à des procès nombreux et coûteux. C’est tout le système minier qui pourrait être mis en péril.

Le séisme de la vallée de la Scarpe/Douaisis de 1896

La question de la sismicité induite par l’extraction du charbon surgit à nouveau en 1896. Un séisme ébranle tout le Nord-Pas-de-Calais ainsi que la Hainaut belge dans la nuit du 2 septembre [KUSMAN, LAMBERT, ALEXANDRE et CAMELBEECK, 2010]. Son épicentre, incertain, se situe dans la vallée de la Scarpe, entre les villes d’Arras et de Douai. Plusieurs journaux parlent de cet événement et attribuent ce tremblement de terre aux charbonnages de la région. Ainsi, entre autres, le journal La Croix du Nord du 4 septembre 1896 relate qu’à Douai:

« Une secousse assez violente provenant probablement d’un affaissement de terrain par suite de l’exploitation des mines, s’est produite mercredi à 21h15 à Douai. Les maisons s’ébranlaient, la vaisselle faisait entendre un cliquetis anormal, des objets tombaient des étagères; on entendait un sourd grondement. Cela dura deux secondes à peine qui suffirent à provoquer une panique générale. On s’interrogeait anxieusement sur les causes du phénomène; beaucoup l’attribuaient à une oscillation du terrain produite par l’exploitation des mines, mais tout donne à penser qu’il est dû à une cause sismique »

tandis qu’à Arras:

« Un fait très rare, extraordinaire même, une secousse de tremblement de terre, s’est produit […] à Arras. Tout-à-coup on entendit un bruit sourd analogue à un vent impétueux s’abattant sur la ville, puis le sol s’est mis à trembler: la secousse a duré à peine quelques secondes. Elle se dirigeait de l’est à l’ouest. Une vive panique s’est aussitôt emparée des habitants qui, pour la plupart, sont sortis de chez eux, s’interrogeant avec anxiété sur les causes qui avaient pu produire cette secousse en tout semblable à celle ressentie il y a quelques années, alors que le génie, à l’aide de fourneaux de dynamites, fit sauter une partie des remparts de la porte Baudimont »

Enfin, à Liévin, le correspondant de la Croix du Nord signale que :

« Beaucoup de personnes à Liévin n’osent se coucher que bien tard, crainte de voir la chose se reproduire, et que le lendemain certaines personnes étaient toutes prêtes à aller demander à M. le maire de faire procéder à une enquête établissant les responsabilités. Je suis sûr qu’on aurait mis le tremblement de terre sur le compte des mines. C’est l’habitude ».

En Belgique, le séisme est moins ressenti. Dans le Borinage et à Mons, une légère oscillation du sol a été constatée […] Dans certains charbonnages, surtout dans ceux qui possèdent de longues galeries, les ouvriers ont cru à un dégagement de grisou dans le puits voisin. On a aussi perçu une sorte de grondement de vagues. À Charleroi, les oscillations sont à peine perceptibles [LANCASTER, 1897].

La presse montre qu’une partie de la population touchée par ce séisme l’attribue aux travaux miniers souterrains. Lancaster, directeur de l’Observatoire royal semble également partager cet avis. Il constate que le séisme de la vallée de la Scarpe pourrait être un tremblement d’écroulement ou d’affaissement que l’on remarque notamment dans les terrains miniers.

De Munck s’intéresse également à ce séisme. Il établit le parallèle avec son enquête sur les séismes d’Havré en 1887. Il constate que ces derniers pourraient finalement être dus aux exploitations minières mais il s’est trouvé dans :

 » l’impossibilité […] de mener à bien une enquête approfondie sur les causes du phénomène [à cause de] la difficulté d’obtenir les renseignements nécessaires que seuls les exploitants pouvaient donner et que M. de Munck, malgré son insistance, ne put obtenir. Faut-il y voir un indice que le tremblement de terre d’Havré n’avait pas une cause tectonique, mais était plutôt la résultante mécanique de phénomènes de tassement dus, soit à l’exploitation et au déhouillement, soit à l’assèchement des nappes aquifères ? [Bulletin de la société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, t. 10, 1896].

Son souhait de susciter la discussion et de lancer des recherches dans le domaine de la sismicité induite reste lettre morte, faute de données fournies soit par les exploitants, soit par l’Administration des Mines.

Jules Cornet, membre de la même société et géologue, va porter un coup d’arrêt « fatal » à ce débat (voir le point 3 pour plus de détail). Dans un article sur le tremblement de terre de la vallée de la Scarpe paru dans le Mouvement géographique de la même année, le savant géologue s’insurge contre le fait que d’après ce qu’en ont publié les journaux quotidiens, il semble que l’opinion généralement répandue est que ce phénomène serait dû à des affaissements provoqués par l’exploitation de la houille dans les bassins français et belges et cet avis paraît être partagé par quelques savants. Dans son article de 10 pages exactement, Jules Cornet s’évertue à démontrer que le séisme de 1896 est dû aux mouvements tectoniques, et notamment au jeu des failles situées à proximité de la ville de Douai, et non aux travaux souterrains des charbonnages (or nous savons désormais que les travaux souterrains peuvent réactiver les failles). Il reconnaît que les incertitudes sont nombreuses et que la séismologie, qui est une science naissante, pourrait étudier la question des séismes induits mais il conclut son article par une formule lapidaire, une « parole d’évangile » qui sera reprise sempiternellement par ses « disciples » dans le courant du 20e siècle pour clore tout débat sur le sujet :

« Dans aucun cas, on ne peut faire intervenir les vides produits par l’exploitation de la houille comme causes de ces phénomènes [les séismes]. Le déhouillement donne lieu à des affaissements lents et graduels qui abaissent le niveau du sol et fissurent les constructions, mais jamais il ne produit de secousses brusques ni surtout d’ébranlements sensibles sur de grandes surfaces ».

Le séisme de Mons de 1911

Jules Cornet intervient encore lors du séisme qui touche Mons le 12 avril 1911. Ce jour là, entre 16h30 et 16h45, des secousses, ou plutôt une secousse du sol accompagnée de bruit a été ressentie par de nombreux habitants de Mons et de plusieurs communes voisines [CORNET, 1911-1912]. Au vu du caractère très localisé du tremblement de terre, Cornet procède à une enquête macroséismique afin de réunir des données précises sur ce phénomène. Il envoie par une lettre-circulaire datée du 16 avril une demande de renseignements à environ 150 personnes: instituteurs, ingénieurs, prêtres, etc., réparties sur une étendue de pays sensiblement plus grande que celle où, d’après les journaux locaux, l’ébranlement avait été signalé. D’après les réponses qu’il a récoltées, Cornet signale que :

« C’est à Mons même que la secousse et le bruit ont présenté la plus grande intensité et cependant, ils sont loin d’avoir été perçus par toute la population. Les personnes marchant ou même stationnant en plein air, dans les rues, les jardins, les champs, n’ont rien ressenti. C’est dans les habitations ou autres constructions, et notamment dans les églises, que la commotion et la rumeur ont été le plus sensibles […] Les témoins habitant la ville comparent la commotion et le bruit perçus à ceux que produisent le passage d’un chariot lourdement chargé […] À l’intérieur des appartements, dans la zone la plus ébranlée, les vitres ont tremblé, la vaisselle a été secouée dans les armoires, de même que les menus objets placés sur les tablettes des cheminées, les bibelots dans les salons, etc. »

Il en conclut que le phénomène est local, de faible importance et serait dû à des causes naturelles et pas, évidemment, à l’influence des travaux miniers. Pourtant, dans un article paru dans le Ciel et Terre de 1911, Lancaster se montre moins catégorique et considère que les charbonnages pourraient être responsables du séisme. Selon lui :

« Il semble que l’on soit ici en présence d’un de ces phénomènes sismiques artificiels, dirons-nous, ou d’ordre industriel, dont l’origine est à reporter aux exploitations houillières (sic). D’après les renseignements que nous avons pu recueillir, il ne serait pas impossible que le phénomène fut dû à un tassement (très faible) des morts-terrains situés sur la ligne que nous avons indiquée et dû à l’exhaure intérieure des eaux opérée dans les sables supérieurs, à faible profondeur, plus haut que les couches exploitées […] Ce point, qui semble une simple induction des auditeurs, sera intéressant à vérifier »

Les séismes de Ransart de mars-juin-juillet 1911

Au moment où survient le séisme de Mons, une série de secousses sismiques touche la région située au nord de Charleroi. Le géologue René Cambier en fait la relation dans les Annales géologiques de Belgique de 1911-1912.

En mars, juin et juillet 1911, plusieurs séismes frappent Ransart et les localités environnantes. C’est le 1er juin à 22h45 que la secousse la plus importante ébranle la région. Plusieurs autres surviennent le 19 juin, le 14 juillet et le 23 juillet. Cambier indique que la zone épicentrale se situe sous le territoire des communes de Gosselies, de Ransart et de Lambusart. À partir du 1er juin, les secousses ressenties y ont été assez violentes pour réveiller la plupart des habitants, abattre de nombreuses cheminées (voir figure 10) et occasionner des lézardes aux bâtiments les moins résistants. Ce séisme a des effets également très localisés comme celui de Mons : les localités immédiatement voisines de Roux et de Courcelles ont été moins affectées. Les dégâts s’y sont bornés à quelques rares cheminées abattues [CAMBIER, 1911-1912, p. B98).

Figure n° 2: "Cheminées abattues chaussée de Gosselies à Ransart suite aux tremblements de terre de mars-juillet 1911" (Source: CAMBIER R., "Les tremblements de terre de Ransart (mars, juin, juillet 1911)", in "Annales de la société géologique de Belgique", t. 39, 1911-1912, p. B100.
Figure n° 10: « Cheminées abattues chaussée de Gosselies à Ransart suite aux tremblements de terre de mars-juillet 1911 » (Source: CAMBIER R., « Les tremblements de terre de Ransart (mars, juin, juillet 1911) », in « Annales de la société géologique de Belgique », t. 39, 1911-1912, p. B100.

Cambier, à l’inverse de Jules Cornet, n’hésite pas à faire le lien entre activation des failles et travaux miniers. Selon lui :

« Il existe vraisemblablement, à cet endroit [sous Gosselies, Ransart et Lambusart], un noeud de failles formant un ensemble suffisamment instable pour être affecté par le développement relativement récent des travaux miniers de la région ou par toute autre cause plus profonde »

Cambier semble mesurer l’importance de ses propos et les conséquences que ceux-ci pourraient faire peser sur les charbonnages du bassin de Charleroi si le lien entre activité minière et activité sismique venait à être prouver :

« Cette hypothèse, si elle se vérifiait par un examen méthodique de la topographie souterraine, pourrait avoir des conséquences sérieuses pour l’avenir des charbonnages du nord-est de Charleroi et de la Basse-Sambre ».

Ce débat scientifique n’aura jamais lieu ni en Belgique ni dans le nord de la France, comme on le verra. Il faut attendre la fin des années 1940 pour que la question de la sismicité induite intéresse à nouveau les géologues.

Les séismes d’Havré d’avril-mai 1949

En avril et mai 1949, plusieurs séismes secouent la région de Mons et particulièrement Havré. Le géologue René Marlière, professeur à l’École des mines de Mons, mène une enquête macroséismique du phénomène. Il lance les 3 et 4 avril, le jour même du premier séisme et le lendemain, un appel radiodiffusé avec l’obligeant concours du poste de Radio-Hainaut et envoie à la presse le question suivant :

« La terre a tremblé dans le Hainaut, le dimanche 3 avril, vers 13h30.

Afin de déterminer les caractéristiques de ce tremblement de terre, on demande aux personnes qui en ont ressenti les effets, de répondre au plus tôt au questionnaire ci-après :

1. Où vous trouviez-vous ? (par exemple : au rez-de-chaussée, à l’étage, au sous-sol de votre habitation ou dans la rue, à la campagne…). Cette question est très importante; répondez avec précision.

2. Étiez-vous debout, assis, couché ?

3. Qu’avez-vous ressenti ? Dites, notamment, si vous avez perçu des oscillations, des bruits de vaisselle, des déplacements d’objets mobiliers.

4. Avez-vous constaté des dégâts matériels dans votre entourage ? « 

À partir des réponses recueillies, Marlière dresse une carte macroséismique du tremblement de terre (figure 11). Il constate que la séisme a été particulièrement ressenti autour de Mons et a eu des effets importants à Havré par rapport aux autres localités touchées.

Figure n° 3: "Carte macroséismique du tremblement de terre d'Havré du 3 avril 1949" (Source: MARLIERE R., "Les tremblements de terre d'avril-mai 1949 dans la région de Mons", in "Bulletin de la société belge de géologie, de paléontologie et d'hydrologie", t. 60, 1951, p. 24).
Figure n° 11: « Carte macroséismique du tremblement de terre d’Havré du 3 avril 1949 » (Source: MARLIERE R., « Les tremblements de terre d’avril-mai 1949 dans la région de Mons », in « Bulletin de la société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie », t. 60, 1951, p. 24).

Marlière constate que dans la région d’Havré, de Ville-sur-Haine et de Boussoit, on a compté environ 150 cheminées renversées complètement et plusieurs centaines à reconstruire entièrement. Les populations se sont émues dès les premières secousses (les plus violentes) et l’inquiétude fut entretenue par des répliques, répétées à intervalles plus ou moins longs durant les mois d’avril à mai 1949. Dans la recherche des causes du séisme, Marlière, un ancien « disciple » de Jules Cornet, rejette immédiatement les travaux miniers. Il reprend les paroles du « maître » sans chercher à aller plus loin :

« Certes on n’a jamais observé de cassures ou de déplacements des terrains en surface, dans les carrières ou dans les travaux souterrains des mines, et l’accord s’est fait unanimement autour de l’avis émis dès 1899 (sic, 1896) par Jules Cornet : « Dans aucun cas, on ne peut faire intervenir les vides produits par l’exploitation de la houille comme causes de ces phénomènes. Le déhouillement donne lieu à des affaissements lents et graduels qui abaissent le niveau du sol et fissurent les constructions, mais jamais il ne produit de secousses brusques ni surtout d’ébranlements sensibles sur de grandes surfaces » [Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, t. 60, 1951, p. 25]

Pourtant, dans l’enquête dressée par l’Observatoire royal de Belgique, l’influence minière sur le ressenti du séisme est clairement identifié. Pour les enquêteurs de l’ORB, le séisme a été peu ressenti à Mons car afin d’éviter les dégâts à la ville, les travaux miniers se sont arrêtés à sa périphérie. Mons, de ce fait, n’a subi que peu de dégâts lors des secousses sismiques. Par contre, le sud [de la ville] a subi plus de dégâts car les mines de Cuesmes viennent jusque là. L’ORB constate que la commune d’Havré a subi le plus de dégât et c’est l’endroit où les habitants ont été le plus effrayés. Il y a eu un début d’affolement après la deuxième secousse qui fut si violente que plus de 80 % des cheminées sur 1400 habitations sont ébranlées parmi lesquelles 50 % sont à reconstruire complètement et 150 circa ont été renversées entièrement. Or, Havré, comme on l’a vu, est une commune où se trouvent plusieurs puits de mines de charbon ainsi qu’une sablière souterraine et a déjà été secouée à de multiples reprises par des séismes entre 1887 et 1949.

Le lien entre travaux miniers et augmentation des dégâts subis à la surface à cause du séisme apparaît de manière encore plus évidente dans la description des dommages survenus dans les localités de Ville-sur-Haine, de Boussoit, de Villers-Saint-Ghislain et de Bray.

À Ville-sur-Haine, le village situé le long de la route Mons-Soignies et sur le versant nord de la vallée de la Haine n’est pas minier. Les dégâts ont été de ce fait fortement amoindris. 25 à 30 cheminées ont été lézardées et ébranlées. Certaines ont été tronquées. La commune de Villers-Saint-Ghislain s’étire le long de la grand’route Mons-Charleroi. Le sous-sol n’est pas exploité. La population a ressenti les mouvements du sol d’une façon fortement amortie. Les dégâts sont peu importants. Tandis qu’à Boussoit les chemins sont terriblement accidentés, l’aspect extérieur est celui d’un très vieux village dont le sol meurtri par les mines ne soutient plus qu’avec peine les habitations lézardées des habitants. Idem à Bray où l’ancien village s’agglomère en bordure de la grand’route Mons-Charleroi, où une nouvelle cité s’est formée près du charbonnage. Celui-ci travaille à grand rendement (terrils immenses). Les secousses furent très bien ressenties par la population. Les dégâts sont d’ailleurs beaucoup plus importants qu’à Villers-Saint-Ghislain.

Les séismes de la région du Centre, 1965-1967

Entre 1965 et 1967, plusieurs séismes frappent la région du Centre (La Louvière-Binche). Le 15 décembre 1965, la région de Strépy-Bracquegnies est touchée. Dans toutes les rues de la localité, des cheminées se sont abattues et de nombreuses vitres ont été brisées. Dans les localités minières de la région, comme Bray, Bracquegnies, Houdeng-Aimeries et Houdeng-Goegnies, la secousse a été fortement ressentie et les dégâts sont les plus nombreux alors que dans des communes proches mais où l’activité minière n’existe pas comme Braine-le-Comte et Soignies, le phénomène n’a pas été ressentiBracquegnies est jonchée de briques, car sur tout son territoire, des cheminées ont été abattues par la violence du sinistre. À Binche, l’effet fut surprenant et l’on crut partout que les maisons allaient s’écrouler [La Nouvelle Gazette, édition du Centre, 15 décembre 1965].

Le 16 janvier 1966, la terre tremble à nouveau et ébranle la région du Centre. Cette fois-ci, c’est la commune de Chapelle-lez-Herlaimont qui subit le plus de dégâts. Des cheminées sont abattues, des murs sont lézardés, des plafonds se sont effondrés et des vitres se sont brisées sous l’effet de la secousse [La Cité, 17 janvier 1966]. Le caractère là aussi localisé de ces séismes et le fait qu’ils surviennent dans des régions charbonnières laissent supposer leur caractère induit.

« Huit secondes pour briser une région »… Le séisme de Liège du 8 novembre 1983

Le dernier séisme abordé est sans doute celui qui a marqué le plus les esprits. Dans la nuit du 8 novembre 1983, vers 1h du matin, la région liégeoise est frappée par un séisme d’une magnitude de 4.9 sur l’échelle de Richter. De nombreuses maisons et infrastructures sont désolées, les dégâts se chiffrent en milliards de francs belges et l’on compte malheureusement deux victimes au matin.

Figure n° 5: "Carte macroséismique du tremblement de terre de Liège du 8 novembre 1983" (Source: FRANCOIS M., PISSART A. et DONNAY J.-P., "Analyse macroséismique du tremblement de terre survenu à Liège le 8 novembre 1983", in "Annales de la société géologique de Belgique", t. 109, 1986, p. 533).
Figure n° 12: « Carte macroséismique du tremblement de terre de Liège du 8 novembre 1983 » (Source: FRANCOIS M., PISSART A. et DONNAY J.-P., « Analyse macroséismique du tremblement de terre survenu à Liège le 8 novembre 1983 », in « Annales de la société géologique de Belgique », t. 109, 1986, p. 533).

Témoignage anonyme paru dans La Cité du 9 novembre 1983 (consultables sur le site du département Séismologie de l’ORB):

Endormi profondément, vous êtes saisi à bras-le-corps et dans un bruit sourd, violemment secoué. Réveil dans l’angoisse. La respiration bloquée. Hurlements du petit enfant dans la chambre d’à côté. En une seconde, des réactions réflexes s’enclenchent. Deux possibilités (exprimées à haute voix): « Ou bien c’est un tremblement de terre, ou bien c’est « la merde » (entendez « la bombe », « la guerre », …) [nous sommes encore en pleine Guerre froide, le bombardement nucléaire fait partie de l’imaginaire collectif]. En deux sauts, je suis à la fenêtre: aucune lueur, aucun souffle violent. La terre a donc tremblé (et dans mon esprit: « Ce n’est pas la bombe, on peut donc se sauver). Premier soupir de soulagement.

« Vite, la petite. Et dehors ».

Un pantalon, un pull, des chaussures, on emballe l’enfant et on déboule au milieu de la rue. Des voisins commencent, eux aussi, à sortir. D’autres restent à leur fenêtre. On se regarde, muets. Des hurlements de sirène montent de la ville.

« Qu’est-ce qui s’est passé? La terre a tremblé ! Mais cela n’arrive pas chez nous, en Belgique… »

Les minutes passent. Les sirènes n’arrêtent pas de hurler. Retour dans la maison pour tenter d’avoir des informations. Le 900 [numéro d’urgence de l’époque] est bloqué. La radio: la France et l’Angleterre émettent normalement. Rien à la RTBF [Radio-télévision belge francophone]. Et les radios libres ? Une nouvelle secousse nous fait ressortir. Que faire ? Embarquer dans la voiture et aller se garer à la plaine des sports ? Mais n’est-ce pas ridicule ? Le doute s’installe. Est-ce vraiment un tremblement de terre ? Dans la rue, les gens parlent d’un choc dans la région Huy-Tihange [localité où est implantée une centrale nucléaire]. D’autres d’un accident à Cockerill.

Il faut absolument avoir des informations. Il n’y a pas de radio dans la voiture et dans la radio portative, à l’intérieur de la maison, il n’y a pas de piles (comme on pense aux détails à ces moments-là).

Vite, il faut retourner à l’intérieur et refaire le tour des stations. A l’étranger, on ne parle de « rien » (de ce qui nous angoisse). La RTBF (source crédible) reste dramatiquement muette. Des radios libres « en » parlent. Deuxième soupir de soulagement.

Remarquable au moment où nous l’avons prise, FM-56 tente d’apporter des explications. Ils ont pu entrer en contact avec l’observatoire d’Uccle/Ukkel, la gendarmerie et l’IRM [Institut royal météorologique]. L’information scientifique tout de suite rassure. Troisième soupir de soulagement.

C’était bien un tremblement de terre. On ne connaît pas l’importance des dégâts. La seconde secousse était un « aftershock », comme disent les spécialistes. Une petite secousse de rééquilibrage des masses.

Nettement, à ce moment-là, une troisième fois, la terre recommence à trembler. Nouvelles explications: « Encore une réplique ressentie au-dessus des sols truffés de galeries de mines ».

Bien que l’on parle de la panique dans certains quartiers de l’agglomération (où il y a eu des dégâts considérables, une morte et des blessés, apprendra-t-on le lendemain), le ton se veut rassurant. A quatre heures, on envoie même une blague: « Mange des tomates, mon amour, ça donne bonne mine, c’est plein de vitamines… ». Et on encourage les gens à aller au lit. 

Dans les quartiers secoués mais moins touchés – les habitations étant plus récentes et plus solides – les gens retournent se coucher. Dans les zones sinistrées, beaucoup se retrouveront sans abri. Ce n’est qu’au petit matin que l’on mesurera l’ampleur des dégâts. La terre avait vraiment tremblé !

Ce soir, nous ne nous coucherons plus comme hier ».

Interrogé par un journaliste du journal La Cité, un groupe d’adolescents témoigne:

Marie-Noëlle: « Je suis tombée de mon lit et j’ai couru dans la chambre de mes parents. On est tous sortis dans la rue. Des gens croyaient que c’était une bombe. D’autres le gaz. Mon père disait que c’était un tremblement de terre ».

Thierry: « Le lustre de ma chambre est tombé et je l’ai presque reçu sur la tête. On a évacué la rue et on s’est rassemblé dans un grand pré. On a fait un grand feu. Vers 5 heures, on est venu nous dire que l’on pouvait rentrer. Il y avait là une cinquantaine de personnes environ ».

Carine: « Toute le monde gueulait dans la rue. Des choses comme « On va mourir ». Une femme d’en face, et qui a habité la Tunisie, a crié: « C’est un tremblement de terre ». Des gens pleuraient. Même des hommes ».

Thierry encore: « Au début, beaucoup de gens croyaient que c’était la guerre. On a toujours raconté que des tremblements de terre, cela n’arrivait pas en Belgique ».

Georges, un jeune grec, qui a vécu un tremblement de terre il y a deux mois, à Limmos, dans son pays, dit qu’il a tout de suite compris ce qui se passait ».

Les sismologues de l’Université de Liège mène une analyse macroséismique du tremblement de terre. Leurs résultats sont publiés en 1986 dans le tome 109 des Annales de la Société géologique de Belgique. Si les causes du séisme sont naturelles, leur étude démontre clairement que le séisme a été amplifié dans le synclinal houiller de Liège à cause de l’extraction du charbon. La carte macroséismique (figure 12) illustre bien leurs propos. Sur le territoire non concédé de la ville de Liège, le séisme a été moins ressenti par les habitants et ses effets ont été limité alors que dans les zones déhouillées avoisinantes, où le sous-sol a été exploité par les charbonnages et rendu plus fragile, les effets du tremblement de terre ont été plus importants, voire dévastateurs. Pour ces sismologues :

« Les observations locales indiquent que ce n’est pas le houiller lui-même qui a contrôlé l’intensité de la secousse mais bien les travaux miniers qui ont déconsolidé les terrains exploités. Cette influence apparaît le mieux en étudiant les profils d’intensité réalisés le long des coupes géologiques de Humblet (1941) au travers du bassin liégeois. Le profil se rapportant à la coupe 6 de Humblet montre en effet une chute marquée de l’intensité à l’emplacement du double anticlinal de Cointe et de la Chartreuse qui, en l’absence de couches de charbon, n’ont pas été exploités. D’autre part, celui réalisé le long de la coupe 8 de Humblet montre un minimum d’intensité très localisé sous le centre de la ville, c’est-à-dire sous une zone non concédée du sous-sol liégeois » [FRANÇOIS, PISSART et DONNAY, 1986, p. 535].

C’est la première fois, à ma connaissance, que des experts scientifiques abandonnent l’argument d’autorité de Jules Cornet et mettent directement en cause les travaux houillers dans l’augmentation du ressenti et des effets à la surface d’un séisme survenu en Belgique. Il faudra attendre ensuite les années 2000 et le travail de Leslie Descamps pour que le lien entre activité minière et activité sismique soit enfin reconnu comme avéré par les géologues belges.

Cette considération m’amène au dernier point de ce (long) billet, à savoir comment et pourquoi les géologues belges et français ont rejeté l’idée que les travaux miniers puissent avoir une influence sur l’activité sismique des bassins houillers ? Mais cela, ce sera pour un prochain billet  sur le sujet ;-).

Voilà c’est terminé (déjà ou enfin me diras-tu). J’espère que cela t’a plu et que tu n’estimes pas avoir perdu ton temps. Si ce n’est pas le cas, tu m’en vois ravi. Si c’est le cas, je n’en peux rien et sache que je n’en suis pas désolé. Si tu souhaites néanmoins extérioriser ta rage intérieure, je t’invite à faire comme moi et à te gaver de pudding au chocolat. Conseil d’ami ! Et rendez-vous pour le troisième et dernier billet sur la séismicité induite en territoires charbonniers !

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Sources

Sources en ligne

Site de l’Observatoire royal de Belgique, Section de Séismologie: http://seismologie.be/index.php?LANG=FR

Site de l’European Archive of Historical EArthquake Data: http://www.emidius.eu/AHEAD/main/

Site de la Sismicité historique de la France métropole: http://www.sisfrance.net/

Sources imprimées

CAMBIER René, Les tremblements de terre de Ransart (mars, juin, juillet 1911), in Annales de la Société géologique de Belgique, t. 39, 1911-1912, p. B97-B101.

CHARLIER Charles, Secousses séismiques ressenties en Belgique (Hainaut) en mars 1944, in Ciel et Terre, t. 60, janvier-février 1945, p. 52-53 et 93.

CORNET Jules, À propos du récent tremblement de terre de la Belgique et du Nord de la France, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, t. 10, 1896, p. 123-131.

ID., Le tremblement de terre de Mons (12 avril 1911), in Annales de la Société géologique de Belgique, t. 39, 1911-1912, p. B89-B97.

DE MUNCK Émile, Les tremblements de terre d’Havré (Hainaut), in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, t. 1, 1887, p. 178-186; 187-191 et 207-208.

E.L., Le tremblement de terre de Mons, in Ciel et Terre, n° 32, 1911, p. 181-182.

DOUXAMI Henri, Les tremblements de terre ou séismes dans la région du Nord de la France, in Bulletin de la Société de géographie de Lille, t. 58, 2semestre 1912, p. 30-58.

FOURMARIER Paul et CHARLIER Charles, Les séismes dans la province de Hainaut de 1900 à 1949, in Bulletin de la Classe des Sciences de l’Académie royale de Belgique, t. 36, 1950, p. 207-219.

FRANÇOIS Michèle, PISSART Albert et DONNAY Jean-Paul, Analyse macroséismique du tremblement de terre survenu à Liège le 8 novembre 1983, in Annales de la Société géologique de Belgique, t. 109, 1986, p. 529-538.

FUCHS Karl, Les volcans et les tremblements de terre, Paris, 1884 (4e éd.).

LANCASTER Albert, Les tremblements de terre en Belgique, in Ciel et Terre, 2e série, t. 3, 1887-1888, p. 25-43.

ID., Le tremblement de terre du 2 septembre 1896, in Ciel et Terre, t. 17, 1896-1897, p. 411-422.

MARLIÈRE René, Les tremblements de terre d’avril-mai 1949 dans la région de Mons, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, t. 60, 1951, p. 17-27.

MONTESSUS DE BALLORE Fernand, Les tremblements de terre, géographie séismologique, Paris, 1906.

MINTROP Ludger, Die Erdbebenstation der Westfälischen Berggewerkschaftskasse in Bochum, in Glückauf, t. 45, 1909, p. 357-365.

RENIER Armand, Les tremblements de terre envisagés comme les manifestations les plus récentes des phénomènes de plissement du sol belge, in Société géologique de Belgique. Livre jubilaire, t. 2, Bruxelles, 1924, p. 149-155.

STEVENS Charles, Déformations tectoniques récentes observables en Belgique. La vallée de la Haine s’affaisse-t-elle encore de nos jours ? , in Publications de l’association des ingénieurs de l’école des mines de Mons, 1er fascicule, 1933, p. 211-225.

ID., Le relief de la Belgique, Louvain, 1938 (Mémoires de l’institut géologique de l’Université de Louvain, t. 12).

ID., Le relief de la vallée de la Haine, in Publications de l’association des ingénieurs de l’école des mines de Mons, 2e fascicule, 1939, p. 281-319.

Bibliographie indicative

Travaux sur la Belgique et la France

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FOUCART Stéphane, Quand le gaz de schiste fait trembler la terre, in Le Monde, 29/03/2013 (http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/03/29/quand-le-gaz-de-schiste-fait-trembler-la-terre_3150329_3244.html).

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Site du Stanford Center for Induced and Triggered Seismicity, Stanford University: https://scits.stanford.edu/

Site de l’U.S. Geological Survey consacré aux séismes: http://earthquake.usgs.gov/research/induced/

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Compte rendu. Chad Montrie, « To save the land and people. A history of opposition to surface coal mining in Appalachia », Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 2003

L’extraction du charbon peut s’opérer de différentes manières. L’exploitation peut être souterraine (comme pour les charbonnages belges) ou à ciel ouvert. Les mines de charbon à ciel ouvert ressemblent généralement à d’immenses carrières. La couverture, le sol est enlevé et un énorme trou est creusé. Mais une autre méthode d’extraction peut être utilisée, notamment en milieu montagneux, celle du mountain top removal. Cette dernière consiste à « enlever le sommet de la montagne » au moyen d’explosifs afin d’atteindre les couches de charbon qu’elle renferme. Les engins miniers creusent alors progressivement la montagne jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de celle-ci. Une autre montagne, artificielle celle-ci, est créée à côté de la première montagne par l’empilement des matières stériles et des déchets miniers résultant de l’extraction.

Mountain top removal dans une mine de charbon des Appalaches. Source: Duke University
Mountain top removal dans une mine de charbon des Appalaches. On observe bien que la montagne est progressivement « rognée » par les engins de chantier. Source: Duke University

Le procédé du mountain top removal est appliqué dans les Appalaches depuis les années 1960-1970. Progressivement, cette chaîne montagneuse disparaît, détruite par les compagnies charbonnières. Les effets de cette méthode d’exploitation sont visibles depuis l’espace. Grâce au Google Timelapse, on peut visualiser l’impact de l’extraction du charbon dans les Appalaches depuis le milieu des années 1980 jusqu’à nos jours. Le résultat est effarant. La vidéo ci-dessous montre également les conséquences environnementales du mountain top removal (à partir de 1:43)

On l’imagine, le mountain top removal, par son impact environnemental important, est loin de laisser indifférents les habitants des régions charbonnières des Appalaches. Dès les débuts de l’exploitation à ciel ouvert intensive de la région, des mouvements d’opposition se forment et contestent la poursuite de l’extraction. C’est à l’histoire de ces mouvements que nous convie l’ouvrage de Chad Montrie, professeur d’histoire à l’Université du Massachussetts à Lowell, To Save the land and people. A history of opposition to surface coal mining in Appalachia.

La chaîne des Appalaches. Source: University of Michigan
          La chaîne des Appalaches. Source: University of Michigan

Paru en 2003 aux éditions de l’Université de Caroline du Nord, To save the land and people est la version remaniée d’une thèse d’histoire soutenue à l’Ohio State University en 2001. Structuré en 9 chapitres, l’ouvrage étudie une thématique encore peu présente dans l’historiographie minière à savoir les mouvements d’opposition et de contestations aux industries extractives.

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Montrie centre son analyse sur les mouvements formés par les agriculteurs et les populations locales depuis les débuts de l’exploitation à ciel ouvert du charbon à l’échelle industrielle dans les Appalaches dans les années 1930 jusqu’à l’apparition et au développement du mountain top removal dans les années 1970. Il s’agit donc d’une étude des mouvements environnementalistes locaux. Montrie montre que loin d’être l’apanage des « élites urbaines », la défense de l’environnement, du cadre de vie, de la beauté naturelle fait également partie des préoccupations des populations des zones rurales, des agriculteurs et des milieux ouvriers. Toutefois, les revendications émises par ces mouvements locaux insistent essentiellement sur la menace économique que représente l’exploitation du charbon à ciel ouvert pour les autres activités, notamment pour l’agriculture, et sur la sauvegarde de leurs maisons et de leur habitat.

Après un premier chapitre d’introduction présentant l’histoire sociale, économique et environnementale de cette région montagneuse, les chapitres suivants placent la focale sur le développement des mouvements d’opposition à l’exploitation à ciel ouvert du charbon depuis ses premières expressions en Ohio et en Virginie occidentale dans les années 1930 jusqu’aux mouvements environnementalistes influents qui ont tenté d’interdire l’exploitation à ciel ouvert en Pennsylvanie et au Kentucky dans les années 1960.

La contestation démarre d’abord au sein des milieux agricoles directement touchés par les dégradations commises par l’extraction du charbon à ciel ouvert au début du 20e siècle. En retirant la couverture végétale du sol ou le sol tout entier afin d’exploiter les gisements de charbon, les sociétés minières causent d’énormes dégâts environnementaux. Elles favorisent l’érosion et peuvent parfois entraîner des glissements de terrains dévastateurs, Montrie citant le cas de plusieurs maisons et villages ensevelis sous les gravats. Rapidement, des syndicats agricoles tentent de faire adopter des lois et des mesures de régulation de ce type d’activité extractive dans les différents États traversés par les Appalaches. Dans les zones plus montagneuses, ce sont toutes les couches de la population qui s’allient pour défendre leur cadre de vie contre les compagnies charbonnières. Dans les années 1950-1960, de nombreux étudiants et des environnementalistes s’impliquent dans la préservation des Appalaches faisant d’un problème local une question nationale. Toutefois, le succès n’est jamais au rendez-vous pour ces mouvements et le Surface Mining Control and Reclamation Act adopté en 1977 par l’État fédéral n’impose qu’un cadre de régulation minimum et insuffisant pour gérer les dégradations engendrées par les exploitations de charbon à ciel ouvert.

Dans son étude, Montrie aborde l’histoire des conflits environnementaux liés aux mines de charbon à ciel ouvert de façon chronologique. Il illustre avec profit cette histoire en mentionnant et en expliquant les actes de sabotage menés par les opposants, les confrontations parfois violentes survenues entre compagnies minières et populations locales et cite abondamment des témoignages des habitants des Appalaches. Il montre surtout les difficultés rencontrées par ces mouvements pour porter leurs demandes devant les institutions administratives, législatives et judiciaires face au lobby des compagnies minières puissantes aux comptes en banque bien fournis, capables de s’entourer d’une armée juristes compétents et de faire pression auprès des représentants politiques locaux, régionaux et fédéraux. Face à cette situation compliquée et à des « adversaires » aux ressources apparemment illimitées, les mouvements environnementaux s’épuisent rapidement et échouent à faire réguler l’extraction du charbon dans les Appalaches. L’échec de ces mouvements environnementaux est patent lorsque à partir des années 1970 la pratique du mountain top removal se répand dans les Appalaches sans qu’aucune régulation efficace pour contrer ou même seulement atténuer les dégradations commises par ce procédé soit adoptée par les États et au niveau fédéral.

Montrie indique également que l’argument phare employé par les compagnies minières afin de justifier leurs agissements, à savoir que la destruction du paysage et de la nature sont le prix à payer (fair price) pour créer de l’emploi et permettre le développement de l’économie locale ne tient plus la route depuis les années 1950. Depuis cette décennie et jusqu’à nos jours, l’extraction du charbon se mécanisent et s’automatisent de plus en plus et nécessitent de moins en moins de main d’oeuvre. L’argument selon lequel les sociétés charbonnières sont des pourvoyeuses d’emploi ne tient plus la route. Pire, en dégradant irrémédiablement les terres, elles compromettent l’avenir économique, social et environnemental des Appalaches. C’est là une des grandes forces et l’un des grands enseignements de l’ouvrage de Montrie.

En définitive, cet ouvrage est très important pour l’historiographie environnementale minière et devrait figurer dans toute bibliothèque de chercheur intéressé par cette thématique. De plus, l’ouvrage offre des clés de lecture pour comprendre les enjeux actuels liés aux industries extractives. L’échec (ou bien l’échec à venir) des mouvements de contestation contemporains comme ceux du Dakota Access Pipeline ou du Keystone XL ne sont pas inédits. Des expériences d’opposition à la marche en avant des industries extractives ont eu lieu dans le passé, ici dans les Appalaches, mais également ailleurs, notamment dans les bassins houillers de Belgique et du nord de la France. To save the land and people nous rappelle que, loin d’être les premiers à nous rendre compte des impacts environnementaux causés par les entreprises minières et à nous mobiliser pour tenter de les réguler et de les contrer et surtout bien loin de n’être que l’apanage des « élites » et des « bobos écolo-gauchistes » comme certains voudraient nous le faire croire, d’autres avant nous, de tous milieux sociaux et économiques, se sont émus de voir leur cadre de vie dénaturé et ont essayé de préserver leur environnement. Un ouvrage à lire et/ou à découvrir.

MONTRIE ChadTo save the land and people. A history of opposition to surface coal mining in Appalachia, Chapel Hill, The University of North Carolina Press, 2003 (ISBN 0-8078-5435-2).

Anthropocène ? Vous avez dit « Anthropocène » ? Compte rendu de la conférence de Jean-Baptiste Fressoz, UNamur, 6 mai 2015

Le mercredi 6 mai 2015, l’historien Jean-Baptiste Fressoz est venu présenter à l’Université de Namur l’ouvrage « L’ événement anthropocène. La Terre, l’histoire et nous » dont il est co-auteur avec Christophe Bonneuil.

Cette conférence s’inscrivait dans le cadre des activités du groupe de contact FNRS HenRI (Histoire environnementale-Réseau Interdisciplinaire). Elle a été suivie d’un débat entre Jean-Baptiste Fressoz, Sébastien Laoureux (professeur de philosophie à l’UNamur) et Isabelle Parmentier (professeur d’histoire à l’UNamur et directrice du PolleN).

Jean-Baptiste Fressoz à l’UNamur

1. Anthropocène ?

a) Le terme

« L’ événement anthropocène. La Terre, l’histoire et nous » est paru en 2013 aux éditions du Seuil dans une nouvelle collection justement intitulée… »Anthropocène ». Il est l’oeuvre de 2 historiens des sciences, Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, tous deux chercheurs CNRS au Centre Alexandre Koyré à l’EHESS.

Ce riche ouvrage de plus de 300 pages s’articule autour du terme « Anthropocène ». Mais qu’est-ce que cela signifie ?

J.-B. Fressoz signale au début de sa conférence que ce terme est devenu courant. C’est un buzzword, un mot à la mode que l’on entend de plus en plus fréquemment dans les média, dans la bouche des scientifiques, des hommes politiques, etc.

Le terme d’Anthropocène dérive du grec ancien anthropos « être humain » et kainos « récent, nouveau » et signifie la nouvelle période des humains, l’âge de l’Homme (p. 18 du livre). Le terme est devenu à la mode depuis l’an 2000 par le biais de Paul Crutzen, chimiste de l’atmosphère et prix Nobel.

C’est également un terme fort car il indique une idée de non retour. Ce terme nous incite à abandonner l’idée que les choses peuvent s’arranger, que la crise environnementale peut être surmontée « facilement ». Non, l’Homme a tellement perturbé l’environnement et la terre qu’il est devenu une force géologique majeure! Selon J.-B. Fressoz, ce qui nous arrive n’est pas une crise environnementale, c’est une révolution géologique d’origine humaine.

En effet, l’Anthropocène correspondrait à une nouvelle ère géologique (faisant suite à l’Holocène), une ère où l’humanité aurait acquis une telle capacité à modifier la nature qu’elle serait devenue une force géologique aussi importante (voire plus) que les tremblements de terre par exemple.

L’ Anthropocène serait donc une période caractérisée par le fait que l’empreinte humaine sur l’environnement planétaire est devenue si vaste et intense qu’elle rivalise avec certaines des grandes forces de la Nature en termes d’impact sur le « système Terre » (p. 18).

Voilà pour la notion, mais quels sont les arguments qui peuvent servir de socle au concept d’ Anthropocène?

b) Les arguments

J.-B. Fressoz en mentionne 3 principaux:

– L’ augmentation du niveau de CO2 d’origine anthropique dans l’atmosphère et le changement climatique qui résulte de cette augmentation

– La perte de biodiversité. Il cite des biologistes pour lesquels nous serions confrontés à la sixième extinction massive d’espèces. Il mentionne également le fait que l’Homme et ses animaux (animaux domestiques, animaux d’élevage, etc.) représentent 97% de la biomasse des vertébrés terrestres, ce qui ne laissent que 3% aux autres vertébrés…

– La perturbation du cycle des substances chimiques tels le phosphore ou l’azote, notamment à cause du recours massif aux engrais et aux pesticides chimiques

Ces trois arguments constituent la base sur laquelle s’appuie la notion d’Anthropocène.

Ensuite J.-B. Fressoz nous invite à nous demander pourquoi les historiens n’ont investis que très récemment le champ de l’histoire environnementale

c) La grande divergence

Il ne s’agit pas ici de l’excellent ouvrage de Kenneth Pommeranz mais bien de la séparation entre l’histoire humaine et l’histoire de la nature.

J.-B. Fressoz rappelle que jusqu’à la fin du 19e siècle, histoire humaine et histoire de la nature sont étroitement liées. Dans la plupart des ouvrages historiques antérieurs à cette époque, la nature a sa place dans l’histoire humaine et vice-versa.

A la fin du 19e siècle, ce n’est plus le cas. A ce moment là, la Terre, acquiert un âge incommensurable à l’échelle humaine, notamment grâce au développement des sciences géologiques. On passe ainsi d’une Terre âgée de quelques milliers d’années à une planète âgée de quelques milliards d’années.

Cet accroissement de l’âge de la Terre (et de la Nature) incite de moins en moins les historiens a prendre en compte la nature dans leurs travaux. Celle-ci ne cadre plus avec l’échelle de temps dans laquelle s’inscrivent les travaux des historiens. La nature serait-elle dès lors « hors Histoire » avec un grand H ?

La réponse est oui si l’on se base sur la large majorité des travaux historiques de la fin du 19e s. jusqu’à la fin du 20e s. La nature est peu voire pas du tout présente.

C’est ainsi que dans le cadre de mes recherches personnelles sur les mines de charbon, j’ai constaté qu’il est possible de lire des ouvrages entiers d’histoire minière sans qu’il soit fait une seule fois mention du fait que les mines souterraines peuvent causer des affaissements de terrains, sur la manière dont les terrils sont créés, les nuisances qu’ils causent, sans un seul mot sur les dégâts miniers et les problèmes sociétaux et environnementaux que les mines engendrent, etc.

Pour ne prendre que deux exemples concrets, très peu de mentions sur les impacts environnementaux de l’exploitation du charbon, voire aucune, ne sont faites dans des ouvrages aussi fondamentaux pour l’histoire minière que les 5 (gros) volumes de l’ History of the British Coal Industry ou dans Les charbonnages du nord de la France au 19e siècle de Marcel Gillet.

Ce n’est que très récemment que les historiens (re)prennent en compte les aspects environnementaux dans leurs études.

J.-B. Fressoz propose d’aborder 4 thèses afin de se rendre compte de la puissance du concept d’Anthropocène du point de vue des historiens:

– L’histoire des réflexivités environnementales

– Anthropocène ou Capitalocène ?

– L’ Anthropocène n’était pas irréversible

– Anthropocène et guerre

2. La longue histoire des inquiétudes environnementales

a) Une réflexivité environnementale seulement depuis 1970 ?

Dans l’esprit de beaucoup d’entre nous, les questions liées à l’environnement sont récentes. Ce ne serait que depuis les années 1970 que le monde se préoccupe de l’environnement.

En effet, c’est durant cette décennie que la mouvance écologiste se politise, notamment avec la création de partis verts en Belgique et en France, que sont créés les premiers ministères et les premières administrations spécifiquement dédiés à l’environnement (l’EPA Environmental Protection Agency, agence fédérale américaine de protection de l’environnement, est fondée en 1970), que les mouvements écologistes et environnementalistes prennent de l’ampleur et que la Terre et sa « santé » deviennent un enjeu majeur pour nos sociétés.

Il est inexact de croire cela. Les réflexions sur l’état de l’environnement, sur l’impact de l’homme sur son milieu sont bien antérieures à la fin du 20e siècle. Nous ne sommes pas les premiers à nous inquiéter de notre influence sur notre environnement, sur la biodiversité, sur notre planète. D’autres se sont posés des questions et ont proposé des solutions bien avant nous.

Toutefois, de nos jours, le discours dominant ne varie pas ou très peu. Pourquoi cela ? Pourquoi affirmer que nous sommes les premiers à nous soucier « réellement » de l’état de notre environnement ?

b) L’attrait de la géo-ingénierie

Selon J.-B. Fressoz, une des principales raisons est idéologique et politique. En laissant croire aux gens que cela ne fait que quelques décennies que nous savons que nous sommes dans l’Anthropocène, on crée un discours « optimiste » afin de toucher la population.

Effectivement, si nous savons que nous sommes dans l’Anthropocène et que nous nous rendons compte que l’humanité, nous tous, sommes devenus une force géologique majeure, et bien, comme nous nous en sommes rendus compte nous allons pouvoir remédier à la situation.

C’est ici qu’entrent en jeu les considérations idéologiques et politiques car ceux qui tiennent ce discours profondément optimiste préconisent des solutions techniques au changement climatique. C’est ce que l’on nomme communément la géo-ingénierie (pour ceux qui s’intéresseraient à cette notion, je vous recommande de visionner la conférence du politiste australien Clive Hamilton ici et de lire les deux ouvrages suivants: Clive Hamilton, Les apprentis sorciers du climat. Raisons et déraisons de la géo-ingénierie, Paris, Le Seuil, 2013 et James Rodger Fleming, Fixing the Sky. The Checkered History of Weather and Climate Control, Washington D.C., Columbia University Press, 2012).

La géo-ingénierie consiste en des procédés techniques permettant de rendre la planète plus habitable sans pour autant devoir changer nos comportements, nos manières de vivre, etc. Dit comme ça, cela paraît très positif. Néanmoins, la géo-ingénierie comporte des risques car il s’agit de procédés inédits et certains semblent hasardeux et dangereux (pour avoir un aperçu des risques encourus, je vous recommande de regarder l’excellent film d’anticipation qu’est le Transperceneige/Snowpiercer dont l’histoire se déroule dans un monde devenu glacé et où l’humanité a été décimée suite à un incident de géo-ingénierie, ainsi que la bande dessinée sur laquelle se base le film). De plus, la géo-ingénierie ne résout pas les problèmes, tout au mieux, elle les contient tel un barrage. Cela signifie qu’en recourant à de tels procédés, nous devenons dépendants de ces derniers. Tout va bien tant que l’on continue à les utiliser et à les maîtriser.

Pour J.-B. Fressoz, cela revient à remettre entre les mains de quelques scientifiques, ingénieurs et techniciens notre avenir, notre existence. La géo-ingénierie suppose dès lors l’instauration d’un géo-pouvoir immense, avec tous les risques de dérives et d’abus qu’une telle emprise sur le monde peut entraîner.

c) Une longue histoire des inquiétudes environnementales: l’exemple du changement climatique à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle

J.-B. Fressoz montre alors que l’état de l’environnement, l’impact de l’homme sur ce dernier et même le changement climatique ont fait l’objet de l’attention de toute une série d’acteurs dans les périodes antérieures: scientifiques, hommes politiques, écrivains, administrateurs, ingénieurs, artistes, etc.

Il donne un exemple qui pour nous est très contemporain : la question du changement climatique à la fin du 18e siècle et au début du 19e siècle.

A la fin de l’Ancien Régime et au début de l’époque contemporaine, une question inquiète les scientifiques et les gouvernements, celle du changement climatique global. Il s’agit pour l’époque non pas d’un réchauffement climatique mais plutôt d’un refroidissement global du climat.

Il y a plus de 200 ans, on se préoccupe du climat de la planète entière. Pour quelles raisons et dans quel contexte ?

Selon une conception dominante de l’époque, la Terre est habitable grâce au cycle des matières et notamment au cycle de l’eau.  Ce cycle de l’eau dépend des végétaux qui permettent la circulation de celle-ci, or, la fin du 18e siècle et le début du 19e siècle correspondent à une période de déforestation intense et d’assèchement des zones humides (c’est la grande période des assèchements de marais). La couverture forestière diminue fortement, compromettant la continuation du cycle de l’eau.

Les savants de l’époque observe que le climat de la planète se refroidit. Ils pensent que l’eau reste dans l’atmosphère au lieu d’être captée par les végétaux. Cette eau se refroidit dans le ciel, tombe sous forme de neige et renforce le froid. Certaines voix de l’époque craignent que le changement climatique engendré par la déforestation massive ne soit irréversible (voir à ce propos la revue des Annales européennes parue dans les années 1820 et qui diffuse des études relatives à ce sujet).

S’ouvre alors un grand débat au sein de la société mettant en scène l’arbitrage entre la forêt et les grains, entre la démographie et les richesses. Si l’on veut atténuer voire empêcher le changement climatique, il faut reboiser mais est-ce que cela doit se faire au détriment des cultures vivrières et de fait, de l’approvisionnement de la population en nourriture ? De plus, le bois, contrairement à ce que l’on pourrait penser, est encore la source d’énergie dominante pour l’industrie, notamment sous forme de charbon de bois (le charbon ne supplante les autres formes d’énergie qu’à la fin du 19e siècle). Doit-on dès lors restreindre le développement de l’industrie afin de permettre aux forêts de se rétablir ?

Par cet exemple, J.-B. Fressoz montre que la prise de conscience de l’impact des activités humaines sur l’environnement n’est pas aussi récente que ça. On ne se rend pas compte que l’humanité détruit l’environnement seulement 200 ans après les débuts de l’industrialisation. La prise de conscience trouve ses racines dès le début de la Révolution industrielle.  Pourquoi cette question du changement climatique n’a pas été suivie d’effet ? C’est qu’on a passé outre les craintes et les constats pour se lancer dans le développement industriel et la dépendance aux énergies fossiles et par la même occasion, dans l’accélération du changement climatique (ce qu’Andreas Malm démontre dans sa thèse Fossil capital qui paraîtra fin 2015).

3.  Anthropocène ou capitalocène ?

a) L’humanité de l’ Anthropocène

Cela amène J.-B. Fressoz à aborder une autre question: quelle est cette humanité dont parle l’ Anthropocène ? Le concept d’Anthropocène envisage l’humanité comme un tout indifférencié. La complexité des sociétés se voit effacée sous une appellation générique.

Cette vision simpliste de l’humanité offre la possibilité aux théories néomalthusiennes de se développer. L’ Anthropocène, le fait que l’humanité soit devenue une force géologique majeure, serait dû à l’augmentation démographique. Plus il y a d’êtres humains sur Terre d’année en année, plus leur impact sur l’environnement s’accroît. Cela revient à gommer un des traits essentiels : le développement du capitalisme industriel depuis 1750 et la consommation effrénée de ressources naturelles que ce type de régime économique doit faire afin de se perpétuer.

b) Capitalisme versus Changement climatique ?

Selon J.-B. Fressoz, l’Anthropocène est avant tout un capitalocène et un anglocène. La diffusion du modèle capitaliste anglo-saxon, d’abord à partir du Royaume-Uni dans la seconde moitié du 18e siècle et durant le 19e siècle puis en se basant sur le modèle américain après 1914 et surtout après 1945, a contribué à rendre les économies, les sociétés, l’humanité « développée » entièrement dépendantes aux combustibles fossiles (et accessoirement à la croissance « à tout prix »).

C’est ainsi qu’au 19e siècle, l’Angleterre est le principal investisseur à l’étranger dans les chemins de fer (très gourmands en combustibles fossiles) et dans les mines (pour extraire le charbon), contribuant à répandre dans le monde un modèle de société tributaire d’un approvisionnement constant en énergie fossile (ce qu’on nomme des fossil fuel junkies ou des fossil fuel addicts).

Mais alors qu’en est-il de l’autre modèle du 20e siècle ? Qu’en est-il du communisme ? J.-B. Fressoz nous démontre alors que l’URSS, bien qu’ayant eu un impact environnemental important, principalement au travers de ses grands projets techniques (voir aussi les travaux de Paul Josephson sur le sujet), n’est qu’un acteur infime dans le changement climatique par rapport aux économies « occidentales » et surtout par rapport au Royaume-Uni et aux Etats-Unis d’Amérique.

Pour cela, J.-B. Fressoz se base sur la balance commerciale physique. Il s’agit de la comptabilité des flux des personnes, des objets et des biens. L’étude de cette balance commerciale physique permet de se rendre compte du poids réel d’une économie sur l’environnement, notamment au point de vue des émissions de gaz à effet de serre. On constate alors que l’URSS et le monde soviétique, ayant des contacts commerciaux limités par rapport aux économies capitalistes, contribuent de façon bien moins importante aux dégradations environnementales et notamment aux émissions de dioxyde de carbone (un des gaz à effet de serre) que les Etats-Unis et le monde occidental.

L’ Anthropocène, loin d’être dû à l’humanité prise dans son entièreté, résulte principalement de la diffusion et du développement du modèle capitaliste. En cela, J.-B. Fressoz rejoint les constats émis par Naomi Klein dans son dernier ouvrage This Changes Everything. Capitalism vs the Climate, New York, Simon & Schuster, 2014.

c) L’ ère des énergies fossiles

Ce capitalocène dépend des énergies fossiles, et principalement du pétrole. Mais comment expliquer la pétrolisation de nos sociétés ?

J.-B. Fressoz base alors son raisonnement sur les travaux de Bruce Podobnik et de Timothy Mitchell (Carbon Democracy). Selon ces deux chercheurs, le charbon fait peser de l’incertitude sur l’accès à l’énergie. En effet, l’approvisionnement en charbon repose avant tout sur la bonne volonté des mineurs (s’ils ne minent pas, le charbon n’est pas disponible…) et de la population pour acheminer le charbon vers les endroits où il sera utilisé (notamment les transporteurs: bateliers, cheminots, camionneurs, etc.). Cette réalité octroie un pouvoir politique important aux mineurs, pouvoir qui s’accroît au fur et à mesure que la société devient dépendante du charbon. A la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, le charbon est la principale source d’énergie pour les sociétés industrialisées. Sans charbon, la société dans son ensemble est paralysée. Les mineurs, et surtout les syndicats, disposent alors d’un pouvoir de pression immense. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les grandes lois sociales sont adoptées entre 1880 et 1940 lorsque le charbon demeure l’énergie principale.

C’est alors qu’apparaît le pétrole comme solution de remplacement du charbon. Le pétrole présente plusieurs avantages par rapport au charbon (le pétrole est fluide alors que le charbon est solide, le pétrole peut être transporté plus rapidement et plus facilement par des pipelines, etc.) mais un avantage principal ressort : l’industrie pétrolière demande moins de travailleurs et d’intermédiaires pour extraire le pétrole et le transporter, ce qui suscite moins de grèves et enlève la capacité aux travailleurs de bloquer l’approvisionnement énergétique.

La pétrolisation de nos sociétés se développe à partir des années 1920 et prend de l’ampleur après 1945. Elle résulterait de la volonté d’avoir une énergie sûre et dont l’approvisionnement serait peu susceptible d’être saboté mais également, de lutter contre la diffusion du communisme étant donné que les syndicats de mineurs les plus influents relevaient de la mouvance communiste. C’est dans cette optique que les Américains, dans les conditions d’octroi des fonds du Plan Marshall devant permettre la reconstruction des Etats européens après 1945, incluaient l’achat de pétrole, permettant de fait la diffusion de ce dernier dans nos sociétés et réduisant les capacités d’action et le poids des mouvements communistes dans le « monde occidental ».

Il est amusant de voir que le choix du pétrole, qui n’était pas évident au premier regard car il s’agit d’une énergie plus « sale » et avec un rendement énergétique moindre que le charbon, résulte d’un choix politique délibéré visant à réduire la capacité des travailleurs à demander plus de droits sociaux…

Capitalisme et pétrole sont pour J.-B. Fressoz étroitement liés.

4. L’ Anthropocène n’était pas irréversible

J.-B. Fressoz en vient à se demander si l’ Anthropocène aurait pu être évité ? Il base alors son exposé sur plusieurs exemples d’échecs d’alternatives à l’usage des combustibles fossiles.

a) L’échec des maisons solaires dans les années 1930-1940

Comme dit précédemment, le charbon ne devient crucial pour nos systèmes économiques qu’à la fin du 19e siècle quant au pétrole, il ne devient incontournable qu’après 1945. Il y a donc une période d’environ 65 ans durant laquelle le charbon est roi avant d’être supplanté par le pétrole. Une question va alors obséder le monde entier: « et s’il n’y avait plus de charbon exploitable un jour » ?

Cette question, elle se pose depuis toujours car le charbon est une ressource naturelle non renouvelable (une fois extrait et brûlé, il n’y en a plus) mais elle prend de l’ampleur suite à la dépendance de plus en plus croissante des sociétés industrielles par rapport au charbon (ce que William Stanley Jevons montre dès 1865 dans son étude The Coal Question). Entre 1880 et 1945, des congrès mondiaux sur l’énergie sont tenus, des commissions sur les économies d’énergie sont  créées dans de nombreux Etats afin de trouver des solutions pour faire durer le charbon le plus possible et l' »économiser », on cherche également à développer des alternatives aux énergies fossiles. Une de ces alternatives est la maison solaire.

Il s’agit d’une maison passive, permettant des économies d’énergie et réduisant la consommation de charbon et d’électricité. Les premiers projets des années 1920-1930 s’adressent à un public aisé. Mais dans le courant des années 1930, des projets accessibles à tous voient le jour. Il est possible pour un ménage américain moyen d’acquérir une maison solaire pour la somme de 5000 dollars, ce qui, pour l’époque, est raisonnable.

Alors pourquoi le projet de maison solaire s’est-il conclu sur un échec ? La raison tient dans la crise du logement aux USA dans les années 1940-1950, dans la suburbanisation (les fameuses banlieues) et dans la standardisation des maisons.

Les USA traversent une grave crise du logement dans les années 1940-1950. Une solution à cette crise s’avère être la standardisation des maisons. Les maisons bon marché en préfabriqué présentent en effet l’avantage de pouvoir être bâties rapidement, à peu de frais et massivement. On voit alors se développer des quartiers entiers de maisons identiques à la périphérie des villes américaines. Comme ces maisons préfabriquées sont si bon marché, les maisons solaires ne peuvent faire face à cette concurrence. Elles disparaissent du marché immobilier. Le préfabriqué a gagné.

Cependant, ces maisons préfabriquées sont peu adaptées aux aléas climatiques. En été, elles sont de véritables fournaises. Pour pallier à cet inconvénient, l’installation d’appareils de climatisation électriques se généralise. Or, cela signifie pour les fournisseurs d’électricité qu’en été les habitants surconsommeraient de l’électricité pour rafraîchir leur demeure et qu’en hiver ils consommeraient moins. Cela risquerait dès lors d’entraîner des pics de consommation pouvant endommager le réseau électrique. Pour éviter ce risque, l’installation du chauffage électrique dans ces demeures se répand afin d’avoir une consommation électrique relativement constante tout au long de l’année, or le chauffage électrique est une aberration du point de vue de l’efficacité énergétique car les pertes sont nombreuses et importantes.

L’échec de la maison solaire et le succès de la maison préfabriquée a eu pour conséquence d’augmenter la consommation énergétique des ménages américains de façon exponentielle… au temps pour la planète.

b) La disparition des tramways électriques dans les années 1950

Un autre exemple d’échec réside dans la disparition généralisée des tramways électriques dans les USA des années 1950.

Jusque dans les années 1950, le tramway électrique est présent dans la plupart des villes nord-américaines. Il s’agit d’un moyen de transport collectif fortement utilisé par les citadins et consommant peu d’énergie.

A partir des années 1920, le tramway électrique subit la concurrence massive de l’automobile. Avec le développement des banlieues (qui ne sont pas reliées au réseau de tramway), de plus en plus de personnes ont recours à l’automobile pour se déplacer. Il en résulte l’engorgement du réseau routier urbain, ce qui a pour effet de ralentir les trams et d’allonger les temps de parcours. Le mode de transport individuel devient roi.

Toutefois, les constructeurs automobiles voient toujours dans le tramway électrique un concurrent. Ils pensent que le tramway représente un frein à la diffusion de l’automobile dans toutes les franges de la population.

Pour « supprimer » cette concurrence, des géants automobiles vont racheter les compagnies de tramways et vont soit les supprimer purement et simplement, soit les remplacer par des bus fonctionnant à l’essence. Cela signe la disparation d’un mode de transport collectif qui permettait de se passer des énergies fossiles.

Pour la petite anecdote, que je rajoute à titre personnel, il est intéressant de voir que dans le film « Qui veut la peau de Roger Rabbit« (1988), dont l’histoire se déroule dans le Los Angeles de 1947, la suppression des lignes de tramway électrique et leur remplacement par une autoroute et par l’automobile sert de trame de fond au scénario.

5. L’ Anthropocène est un tanathocène

J.-B. Fressoz conclut sa conférence en abordant la question de l’influence du monde militaire sur l’environnement.

a) Guerre et environnement

Selon lui, l’ Anthropocène est un tanathocène (de tanathos, la mort). Les guerres, et pas uniquement l’armement utilisé mais le fait guerrier dans son entièreté, disposent d’un puissant impact environnemental par les destructions qu’elles causent.

En effet, depuis le 19e siècle, les guerres n’ont cessé d’être de plus en plus destructrices. L’armement s’est tellement « perfectionné » que désormais quelques armes suffisent pour détruire toute vie sur Terre.

J.-B. Fressoz prend l’exemple des destructions causées par les armes chimiques durant la Guerre du Vietnam. Le fameux « agent orange » utilisé par l’armée américaine durant ce conflit a eu des conséquences désastreuses à la fois sur l’environnement (déforestation, pollution des sols, etc.) et sur les populations (maladies, malformations des nourrissons, etc.).

b) Technologies militaires et usages civils

Le monde militaire a également une influence importante sur notre environnement par le biais des technologies qu’il développe et qui finissent pas se répandre dans la société civile.

J.-B. Fressoz prend l’exemple emblématique de la pêche. Les filets de nylon utilisés par les pêcheurs ont d’abord été développé à des fins militaires. Idem pour le sonar d’abord employé dans la lutte contre les sous-marins et qui sert désormais à repérer les bancs de poissons. Il en est de même pour le GPS. La combinaison du sonar et du GPS permet aux pêcheurs d’être de plus en plus « efficaces ». J.-B. Fressoz cite la pratique de plus en plus répandue d’utiliser des balises maritimes fixes équipées de sonar qui envoient leur position GPS aux pêcheurs lorsqu’elles ont repérés un banc de poissons (voir également les travaux de Paul Josephson sur le sujet, notamment Industrialized Nature paru en 2002).

Un autre exemple est celui du développement de l’aviation civile dans les années 1950. L’aviation a d’abord eu un usage militaire au point de devenir un des éléments essentiels des forces militaires durant la Seconde guerre mondiale. Après celle-ci, l’aviation civile se développe. Or l’avion est un énorme consommateur de combustibles fossiles…

c) Guerre et redéfinition des espaces

Enfin J.-B. Fressoz termine en présentant l’influence du monde militaire sur l’aménagement des territoires.

Par exemple, les guerres napoléoniennes et le blocus continental qui coupent le Royaume-Uni du reste de l’Europe au début du 19e siècle a pour conséquence l’intégration des espaces périphériques dans l’économie capitaliste et impérialiste anglo-saxonne.

Avant le blocus, seules les matières et les produits à forte valeur ajoutée traversent l’Atlantique pour le Royaume-Uni. Avec le blocus, ce dernier est coupé de ses approvisionnements continentaux. Il se tourne alors vers l’Amérique du Nord. Les importations de produits courants en provenance de cette zone qui auparavant était périphérique augmentent fortement, notamment en ce qui concerne le bois. Cette demande en bois nord-américain entraîne une déforestation de plus en plus massive…

Plus proche de nous, aux USA, durant la Guerre froide, la peur du bombardement nucléaire se répand au sein du gouvernement fédéral. Une de ces craintes, c’est de voir toute l’industrie sidérurgique américaine anéantie par quelques frappes ciblées. En effet, dans les années 1950, la majorité de l’industrie sidérurgique américaine est concentrée sur la côte nord-est des Etats-Unis, constituant une « proie » facile.

Le gouvernement fédéral va trouver une solution en favorisant la dissémination des industries vitales pour l’économie sur l’ensemble du territoire. Par ce procédé, l’ennemi éprouverait de grandes difficultés pour affaiblir les capacités de production des industries américaines. Ces industries devant être reliées à un réseau de communications suffisant, le gouvernement va encourager et mettre en oeuvre la création d’un important réseau autoroutier couvrant l’ensemble du territoire, redéfinissant ainsi le paysage des Etats-Unis.

La conférence se conclut ainsi et suit une séance de commentaires et de questions-réponses.

 

L’absence des humanités environnementales en Nord-Pas-de-Calais! Compte rendu 2e Journée du CERCLE, Lille 3 avril 2015

Ce 3 avril 2015 a eu lieu la 2e journée du CERCLE à Lille au siège de région du Nord-Pas-de-Calais.Siège de la région NPdC

Si le terme « cercle » peut être familier et évoquer de bons (ou mauvais) souvenirs aux universitaires belges, ici il s’agit de sujets sérieux.

Le CERCLE ?

Le CERCLE est l’acronyme pour « Collectif d’Expertise Régionale sur le Climat et son Evolution ». Pour reprendre les termes d’Yves Fouquart, un ancien du GIEC: « le CERCLE, c’est le GIEC du Nord-Pas-de-Calais« .

Autrement dit, on y parle de changement climatique, d’environnement et de développement soutenable à l’échelle régionale. Le CERCLE met en relation et permet donc le dialogue entre scientifiques et pouvoirs publics. Le but fondamental du CERCLE est de conseiller les élus locaux, les décideurs publics sur les problématiques environnementales, et principalement le changement climatique, qui sont très souvent complexes et techniques.

L’absence criante des humanités environnementales

Cette journée a réuni de nombreux intervenants (programme disponible ici). On notera l’absence criante de représentants des historiens et dans une large mesure, hormis quelques exceptions (géographes et économistes) des SHS. En me basant sur la liste des participants à la journée, je ne peux que constater cette absence, étant quasiment le seul représentant des SHS dans l’assistance.

Je pense qu’il faudrait remédier à cette situation. Alors que les Humanités environnementales sont en plein développement et que les travaux en histoire, en anthropologie ou encore en sociologie environnementale commencent à produire leurs résultats et à engendrer de nouveaux points de vue, de nouvelles perspectives stimulants pour la compréhension des questions environnementales qui traversent notre société, il me paraît déconcertant qu’un laboratoire de premier plan tel que l’IRHiS, pouvant apporter un éclairage historique sur l’environnement local et régional,  ne participe pas au CERCLE.

La journée du CERCLE

Mais revenons à la journée du CERCLE. Celle-ci fut l’occasion de nombreux échanges. Après une introduction à la problématique du changement climatique, la matinée était consacrée aux impacts du changement climatiques sur les milieux urbains et les possibilités d’adaptation des zones urbaines à ces changements (notamment par la végétalisation) puis aux impacts du changement climatique sur la mer et le littoral (biodiversité, impact économique sur la pêche, érosion des falaises et inondations).

L’après-midi portait sur les impacts du changement climatique sur la santé: multiplication des risques d’allergie au pollen, risques sanitaires liés aux températures extrêmes (en prenant l’exemple de la canicule de 2003), impacts des pollutions atmosphériques, etc.

CERCLE 3 avril 2015

CLIMIBIO ou quand les historiens manquent leur train

Durant cette dernière session, le projet CLIMIBIO fut présenté. Il s’agit  d’un projet CPER portant sur le « Changement Climatique, Dynamique de l’atmosphère, Impacts sur la Biodiversité et la Santé humaine ».

Ce projet est en place pour la période 2014-2020. Il se veut pluridisciplinaire et se propose d’étudier le changement climatique en région Nord-Pas-de-Calais.

Effectivement, il inclut 16 laboratoires de l’Université Lille 1 (Sciences et Technologies… dont le Clersé pour la partie économie et sociologie), des laboratoires de l’Université Lille 2 (Santé), des laboratoires de l’ULCO et le laboratoire SAGE de MinesTech Douai. Pas d’IRHiS ni de Lille 3…

CLIMIBIO se répartit en 5 groupes de travail (WP). Le WP3 porte l’intitulé suivant: « Impact sur le monde vivant: biodiversité, santé humaine et sociétés ». Son objectif principal est de « comprendre et évaluer l’impact du changement climatique sur la biodiversité et sur la santé humaine en s’attachant à prévoir la dynamique d’adaptation des systèmes naturels et humains ainsi que des territoires« .

Selon mon opinion, les Humanités environnementales et plus particulièrement les historiens environnementalistes, pourraient apporter un éclairage intéressant et pertinent à ces questions.

Si l’étude et la gestion du changement climatique à l’échelle mondiale sont relativement récentes (le GIEC est créé en 1988), ces questions se posent à l’humanité depuis le 19e siècle (voir entre autres, l’excellent ouvrage de BONNEUIL Christophe et FRESSOZ Jean-Baptiste, L’événement anthropocène. La Terre, l’histoire et nous, Paris, Seuil, 2013).

A l’échelle régionale (du NPdC), des adaptations aux événements climatiques (parfois extrêmes), pour reprendre une des thématiques abordées durant la journée du CERCLE, ont été opérées par les populations du Nord-Pas-de-Calais avant que le problème du changement climatique ne devienne urgent. Il en va de même pour les problèmes sanitaires et environnementaux, pour la préservation et la conservation de la biodiversité, etc.

Il est d’autant plus malheureux que les historiens régionaux (et les représentants des SHS autres que les économistes ou les géographes en général) soient absents du projet CLIMIBIO alors que la mise en perspective historique des politiques de santé, notamment à l’échelle régionale, fait l’objet du programme SIC « Santé, inégalités, citoyenneté » (à Lille 3) et que les questions d’équité et de justice environnementales se font de plus en plus pressantes en Nord-Pas-de-Calais.

Pour que les historiens  investissent les questions environnementales en Nord-Pas-de-Calais

L’absence regrettable des historiens (et des SHS) dans la plupart des projets régionaux n’est, à mon avis, pas à imputer aux autorités régionales ou aux autres universités comme Lille 1 ou l’ULCO, mais bien aux historiens eux-mêmes.

Le désintérêt (relatif) des laboratoires d’histoire régionaux aux questions environnementales, hormis quelques exceptions comme le laboratoire CALHISTE à l’Université de Valenciennes-Hainaut-Cambrésis ou quelques historiens isolés dans des structures plus vastes, explique en large partie leur absence du CERCLE et des projets régionaux (comme la Troisième révolution industrielle même si une récente conférence portant sur la TRI et la recherche en SHS vient d’avoir lieu à Lille3 le 31 mars dernier ). Le manque de visibilité des SHS auprès des pouvoirs publics explique également, sans doute, cette absence.

Il n’empêche que ce manque d’investissement des historiens dans les problématiques environnementales ne se justifie en aucune façon. Des historiens participent, avec profit, dans d’autres projets portant sur des matières environnementales comme le PIREN « Programme Interdisciplinaire de Recherche sur l’ENvironnement de la Seine ». Pourquoi n’en serait-il pas de même en Nord-Pas-de-Calais ?

L’apport d’une perspective historique aux questions environnementales permet de conseiller les décideurs publics vers ce que l’on nomme une « bonne gouvernance« . Dans une optique « utilitariste », ou pour être plus poli, d’histoire appliquée, la réflexivité environnementale permet de tirer profit, entre autres apports, des expériences et actions entreprises dans le passé. Cette connaissance offre la possibilité aux pouvoirs publics d’éviter de répéter les mêmes erreurs (au cas où il y ait eu erreur) ou de repartir de zéro alors que des travaux, des rapports, des études, des entreprises ont déjà été menés et ne demandent qu’à être mis à jour. L’apport historique permettrait d’économiser du temps (et de l’argent) et d’améliorer l’efficacité de ces projets.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que les historiens prennent le train en marche et s’impliquent plus dans la politique environnementale régionale. Le CERCLE est une très bonne initiative et je suis très heureux d’avoir pu assister et participer aux échanges de cette deuxième journée. Il serait dommage que les SHS s’en tiennent éloignées.

Loin d’étudier le passé pour le passé, l’historien se doit d’être un acteur de son temps et la crise environnementale que nos sociétés endurent a une histoire.

Kevin Troch