Archives du mot-clé Géologie

Exploitation minière et sismicité induite? Un éclairage historique sur une controverse d’actualité: l’exemple de la Belgique et du Nord de la France, années 1880-années 1980 (3/3)

La Commission d’étude sur le grisou de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 1898-1906 ou comment des géologues ont empêché les recherches sur la séismicité induite en Belgique et en France au début du 20e siècle

Comme on l’a vu dans les deux premiers billets que je t’invite, chère lectrice, cher lecteur, à lire avant d’entamer la lecture de ce billet (ici pour le premier, pour le deuxième), la controverse règne entre d’un côté les géologues proches des milieux charbonniers comme Cornet et de Munck, et de l’autre, les scientifiques comme Lancaster, directeur de l’Observatoire royal de Belgique, éloignés du milieu extractif et qui n’hésitent pas à attribuer ces séismes aux affaissements et effondrements miniers. Dès la fondation des premières stations sismologiques, la question de la sismicité induite est bien présente.

Existe-t-il un lien entre l’extraction du charbon et les tremblements de terre survenant dans les bassins miniers ? La question se pose dès les années 1860 lorsque la production de charbon européenne explose. Des petites secousses secouent les régions minières, notamment en Allemagne. Le lien est très vite établi entre extraction du charbon et secousses sismiques. Les charbonnages causent ou augmentent le ressenti des tremblements de terre à la surface. Ils peuvent être donc tenus pour responsables des dégâts occasionnés. Il en va de même pour d’autres projets comme les barrages[1].

Déjà en 1884, Karl Fuchs, professeur de géologie et de minéralogie à l’Université d’Heidelberg, aborde le sujet dans la 4e édition en français de son étude sur les volcans et les tremblements de terre[2]. Pour lui, les tremblements de terre qui surviennent dans les bassins charbonniers sont dus à la fois à la poursuite de la décomposition du charbon (le charbon est composé de débris végétaux), décomposition transformant le charbon en fluides gazeux (pex. en méthane, composant principal du grisou) et créant des vides souterrains qui sont comblés soit par un affaissement lent et graduel, soit par un écroulement brusque et soudain. C’est ce dernier phénomène qui, selon Fuchs, libère suffisamment d’énergie pour causer un séisme pouvant être ressenti à la surface. Une autre cause peut également expliquer l’émergence de tremblements de terre dans les bassins charbonniers, à savoir l’extraction du charbon par l’Homme. Il cite plusieurs exemples de secousses sismiques qui ont été ressenties dans des bassins houillers. En 1869, des secousses font trembler Charleroi au point que la terre fut crevassée en beaucoup d’endroits et l’on put constater de nombreux affaissements du sol[3]. Toujours en 1869, un séisme frappe Kohlscheid dans le bassin houiller proche d’Aix-la-Chapelle. Enfin, en septembre et en octobre 1873, plusieurs tremblements de terre touchent Herzogenrath et Aix-la-Chapelle. Des séismes surviennent également dans le bassin de la Ruhr entre 1860-1870. Tous partagent le point commun de survenir en terrain houiller et dans des zones où le charbon commence à être exploité de manière intensive. Fuchs maintient son propos en 1895 dans la 6e édition de son ouvrage[4].

Au début du 20e siècle, le phénomène semble prendre de l’ampleur et susciter l’intérêt et/ou l’inquiétude des gouvernements allemand et polonais. En 1908, le premier laboratoire de surveillance de la sismicité induite est créé à Bochum dans le bassin charbonnier de la Ruhr[5] et dans les années 1920, le premier réseau de stations sismologiques dédié à l’étude des séismes induits est établi dans le bassin charbonnier de Haute Silésie en Pologne[6].

En Belgique et en France, la question suscite les passions. En effet, si ce fait est avéré, le coût pour les charbonnages pourrait être bien plus faramineux que celui des affaissements et autres dégâts miniers. Le lien entre sismicité induite et extraction du charbon pourrait causer la ruine du système minier. Les charbonnages et « leurs » géologues vont évacuer cette question avec célérité.

Dès le début de la mise en place du réseau de surveillance sismique, la question des séismes induits transparaît. Le projet initial d’Eugène Lagrange présenté en 1898 devant la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie prévoit d’organiser cinq autres stations en plus de celle d’Uccle: au littoral, au puits de la mine de charbon de l’Agrappe à Frameries, dans le bois de Colfontaine, dans les carrières de porphyre de Quenast et à Liège (également dans la galerie d’une mine de charbon). L’objectif poursuivi par ce projet consiste à montrer le lien entre augmentation de l’activité sismique et coup de grisou. L’hypothèse de départ postule que l’activité sismique augmente dans les régions minières avant qu’un coup de grisou survienne[7].

La question intéresse fortement les charbonnages afin de sécuriser leurs chantiers d’exploitation et renforcer la sécurité des mineurs. Le projet avance bien, la Société est enthousiaste, des fonds sont trouvés pour acheter le matériel nécessaire, même Jules Cornet montre son intérêt en tant que membre de la Société. Un accord est trouvé avec le charbonnage de l’Agrappe pour installer un sismographe dans une de ses galeries.

Toutefois, il semble que la Société belge de géologie poursuit un autre but. Certains de ses membres, dont de Munck, espèrent que les stations sismologiques permettront de répondre à la question de la sismicité anthropogénique. Après le tremblement de terre de la vallée de la Scarpe en 1896, De Munck se demande si :

« les régions minées par l’industrie du charbon et d’équilibre affaibli, qui s’étendent à la fois dans le Pas-de-Calais, dans le département du Nord et en Belgique, n’avaient pas simplement subi le contre-coup de troubles souterrains graves, perçus aussi en différents points du globe, ou bien si ce n’est pas la suite naturelle d’un ensemble de phénomènes sismiques constatés à l’étranger peu avant la date de la secousse franco-belge du 4 septembre [1896][8]»

Pour éclaircir cette question, le secrétaire général de la société belge de géologie, Ernest Van den Broeck, propose d’établir des instruments enregistreurs de phénomènes sismiques et microsismiques à proximité des sites d’extraction[9]. En fait, le projet de la Société belge de géologie poursuit un double objectif : vérifier si les microséismes sont annonciateurs de dégagements de grisou et si l’exploitation du charbon est liée aux séismes ébranlant les bassins houillers. Durant les séances préliminaires à l’installation des stations sismologiques, Paul Habets, professeur d’exploitation des mines à l’Université libre de Bruxelles, se montre enthousiaste quant à la portée du projet :

« M. Habets insiste sur l’importance qu’il y aurait à ausculter le sol des régions charbonnières de notre pays. Il signale que, à côté des vibrations intéressant l’ensemble de la région, il y a des mouvements locaux, souvent plus importants, résultant des affaissements causés par l’exploitation même. Ces mouvements peuvent aussi avoir une influence sur les dégagements du grisou et il importe de distinguer les accroissements de dégagements dus à ces macrosismes de ceux qui seraient produits par les microsismes d’origine endogène[10]»

Ernest Van den Broeck résume les questions auxquelles le futur réseau de surveillance sismographique est destiné à répondre le 18 juillet 1898. Il y fait clairement mention des causes anthropogéniques : Quelles relations y-a-t-il entre les dégagements normaux et anormaux du grisou avec les phénomènes météorologiques de pression atmosphérique, de magnétisme, de manifestations sismiques, d’état électrique, d’affaissements produits par des causes naturelles ou accidentelles ?[11].

En 1903, la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie installe des instruments de sismologie à Quenast et aux charbonnages de l’Agrappe dans la fosse Grand-Trait à 850 mètres de profondeur, afin de vérifier si les coups de grisou peuvent effectivement être des phénomènes précurseurs d’événements sismiques ultérieurs[12]. Ces stations sont cependant rapidement abandonnées vu les difficultés rencontrées pour les alimenter en électricité. Eugène Lagrange dit au sujet de ce projet en 1904 : la phase d’installation a réclamé beaucoup de temps, énormément de peines et a eu à surmonter maintes difficultés inattendues […] À Frameries, dans les profondeurs de la mine grisouteuse, ce furent les recherches relatives à la suppression du danger de l’éclairage électrique (par accumulateurs, à remplacer journellement) qui ont été le principal obstacle à la mise en train et au bon fonctionnement des appareils[13]. Dans leur article Van Camp et Camelbeeck, de l’ORB, ne poussent pas l’analyse plus loin. Pourtant, Lagrange présente des données issues de la station de Frameries devant la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie durant sa séance du 21 mars 1906. La station est parfaitement opérationnelle. Ce sont plutôt, d’après les sources disponibles, le désintérêt des charbonnages et du gouvernement à soutenir le projet de la Société belge de géologie, et le manque de financement, qui sont la cause de son arrêt[14]. Sans doute par peur des résultats, le projet est abandonné en ce qui concerne le sismographe du charbonnage de l’Agrappe[15]. Il n’en est plus fait mention après 1907.

Station sismique installée au charbonnage de l’Agrappe à Frameries en 1903 (Source: VAN CAMP et CAMELBEECK, 2004, p. 170).

Entretemps, les géologues belges et français proches des charbonnages nient rapidement tous liens entre l’exploitation du charbon et la survenue de tremblements de terre dans des régions auparavant peu sismiques. Jules Cornet, concernant les séismes de la vallée de la Scarpe en 1896 et de Mons en 1911, Henri Douxami, Fernand Montessus de Ballore, entre autres, contestent toute responsabilité des charbonnages dans la survenue des tremblements de terre touchant les régions minières des deux pays[16]. Ils comparent ceux qui affirment le contraire à des affabulateurs et à des charlatans.

Ainsi, pour Jules Cornet et Henri Douxami, les secousses d’Havré de 1887 considérées comme dues au déhouillement par un grand nombre de savants sont attribuées par Cornet à la présence de nombreuses failles et dislocations dans les terrains crétacés qui surmontent le terrain houiller[17]. Le séisme de la vallée de la Scarpe de 1896 n’est nullement dû au déhouillement. Il est vital de l’affirmer sans cesse. Pour Douxami, l’étendue de la zone épicentrale du séisme sur une longueur de 27 kilomètres nous paraît s’accorder difficilement avec la cause généralement invoquée […] nous voulons dire le déhouillement produit par les progrès de l’exploitation amenant un tassement d’anciennes galeries déhouillées, insuffisamment remblayées. Pour Montessus de Ballore en 1906 :

« La bande houillère est assez riche en épicentres sur toute sa longueur, et a été parfois ébranlée par de sévères tremblements de terre […] Dans le bassin du Douaisis, ces séismes sont généralement attribués à des effondrements ou à des tassements dans les galeries anciennes abandonnées. Cette opinion est contredite par les études classiques de Jicinski[18]. Il a montré par de nombreuses observations que les mouvements du sol, résultant de l’exploitation des mines, sont des phénomènes d’une extrême lenteur, exigeant plusieurs années pour se parfaire complètement, ce qui exclut, d’après le mode même de leur formation, toute possibilité de secousses brusques, séismiques en un mot. Les chocs du Douaisis ont le plus souvent un caractère très local et ceux du 12 septembre 1888 et du 9 décembre 1892, à Sin-le-Noble, ont été, dit-on, accompagnés d’affaissements d’immeubles. Si donc l’on se reporte aux études précédemment rappelées, au lieu de voir dans ce dernier fait une confirmation de l’opinion courante, il faudra plutôt considérer l’affaissement comme une conséquence du séisme que comme son origine[19]»

Jules Cornet clôt le débat en Belgique et en France une première fois dans son étude sur le tremblement de terre de la vallée de la Scarpe en 1896 et une seconde fois en 1911 dans son article sur le séisme de Mons. Il y affirme que dans aucun cas, on ne peut faire intervenir les vides produits par l’exploitation de la houille comme causes de ces phénomènes [les séismes]. Le déhouillement donne lieu à des affaissements lents et graduels qui abaissent le niveau du sol et fissurent les constructions, mais jamais il ne produit de secousses brusques ni surtout d’ébranlements sensibles sur de grandes surfaces[20]. Cette citation sera reprise sempiternellement par les géologues belges, anciens disciples de Cornet généralement, comme argument d’autorité[21]. Le maître a dit cela c’est que c’est vrai.

Jules Cornet (Source: Académie royale de Belgique)

Enfin, dans un article paru en 1912, Henri Douxami, géologue lillois proche de Jules Gosselet, enterre définitivement la question. Après un relevé exhaustif des séismes survenus dans le nord de la France entre 330 et 1911, Douxami cherche les causes probables des tremblements de terre du nord de la France[22]. Il conteste vigoureusement l’opinion publique pour qui ces tremblements de terre auraient en quelque sorte une cause humaine et seraient le résultat des tassements brusques qui se produiraient dans les régions profondes déhouillées dans les mines par l’homme et insuffisamment remblayées. Douxami n’y croit pas. Les causes sont purement naturelles :

« Le déhouillement, et d’une façon générale les exploitations souterraines, ne donne lieu qu’à des affaissements lents et graduels qui abaissent le sol et peuvent fissurer les maisons, mais jamais il ne se produit de secousses brusques ni surtout d’ébranlements sensibles sur de grandes étendues […] Pour un certain nombre de savants, les mouvements qui ont si profondément dérangé et disloqué les couches de houille que nous exploitons aujourd’hui ne seraient pas encore terminés : les morts-terrains qui surmontent la houille dans le Hainaut, sont en effet plissés et le sillon occupé par la Sambre et la Meuse au pied de l’Ardenne est un sillon qui s’est accentué depuis que l’homme existe, ainsi que l’a montré M. Cornet. M. Jules Gosselet a révélé l’existence de grandes cassures ou failles qui ont affecté les terrains crétacés et tertiaires plus récents que la houille. Il n’est donc pas douteux que la bande houillère qui s’étendu du Boulonnais en France jusqu’à Dortmund en Allemagne ne soit une région instable où des mouvements très récents du sol ont été constatés par les géologues, mais pour nous, ce sont seulement les failles et les fractures qui affectent les terrains houillers et les morts terrains qui les surmontent ou simplement ces derniers qui peuvent être le siège, à l’époque actuelle, de mouvements donnant naissance à des tremblements de terre superficiels[23]»

L’explication de Douxami est bien commode. Il reconnaît cependant l’existence d’un seul et unique séisme induit dans le nord de la France. Ce dernier aurait eu lieu le 31 octobre 1873 dans une mine de sel à Varangeville-Saint-Nicolas en Lorraine. Un éboulement […] provoqua un ébranlement du sol qui fut ressenti à Nancy à 12 kilomètres de là. C’est, à notre connaissance, un des rares exemples, dans notre région, d’un tremblement de terre, d’ailleurs très localisé, paraissant bien dût à l’exploitation humaine[24]. Ne s’agissant pas d’un séisme causé par un charbonnage, il est sans doute plus aisé d’en faire mention.

Le problème de ces démonstrations, c’est qu’elles sont assez sommaires et affirment la non responsabilité des travaux miniers de manière catégorique et définitive[25]. Les bassins houillers du Nord-Pas-de-Calais et de Belgique, par un « miracle géologique non identifié » sont exempts de séismes induits. Toutes les secousses se produisant dans ces régions sont dues à des causes naturelles au grand soulagement des sociétés minières. Alors qu’ailleurs en Europe, les réseaux de surveillance de la sismicité induite dans les mines de charbon se développent, le projet de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie de mettre en place d’un réseau de surveillance similaire est abandonné faute d’intérêt de la part des charbonnages et du gouvernement.

L’explication la plus évidente à cette « dénégation » de la séismicité induite engendrée par les travaux miniers est la crainte partagée par les géologues, les gouvernements et les charbonnages eux-mêmes de voir l’activité minière cesser purement et simplement si le fait était prouvé scientifiquement. Dans son analyse du séisme de Ransart en 1911, Cambier se révèle lucide quant aux conséquences d’une telle découverte : cette hypothèse, si elle se vérifiait par un examen méthodique de la topographie souterraine, pourrait avoir des conséquences sérieuses pour l’avenir des charbonnages du nord-est de Charleroi et de la Basse-Sambre[26]. Les charbonnages gèrent de plus en plus difficilement les dégâts que leurs affaissements miniers créent à la surface. Ces derniers demeurent cependant localisés géographiquement. Dans le cas d’un tremblement de terre induit, la zone touchée est plus vaste que celle d’un affaissement et les plaignants plus nombreux. Le montant des indemnités serait sûrement colossal en cas de reconnaissance de leur responsabilité. De plus, la peur des séismes qui se répandrait au sein des populations des régions minières pourrait entraîner un vaste mouvement de contestation envers les charbonnages. Ces derniers devraient sans nul doute cesser toute activité et se mettre en liquidation, mettant au chômage plusieurs milliers de familles, créant un climat de tension sociale pouvant aboutir à la révolte et compromettant l’avenir économique de la Belgique et de la France. Le secteur charbonnier doit être protégé de cette menace qui pèse sur lui. Les explications « scientifiques » providentielles comme celles de Jules Cornet ou d’Henri Douxami y contribuent[27].

Toutefois, le doute demeure dans l’esprit de certains géologues. Montessus de Ballore réserve un passage à la fin de sa Géographie sismologique à ce qu’il nomme les tremblements de terre dans les travaux de mines ou pseudoséismes. Dans cette partie de son ouvrage, il émet des doutes quant à l’absence de lien entre extraction minière et microséismes. Pour lui, la production des séismes par le déhouillement ou par l’exploitation de mines quelconques, est très importante aussi bien au point de vue pratique qu’à celui de la séismologie pure. Les conclusions négatives de Jicinsky et de Cornet lui semblent trop catégoriques[28].

Montessus de Ballore développe alors un argumentaire qui va à l’encontre de ce qu’affirme de façon péremptoire Jules Cornet. Se basant sur les travaux de Jules Gosselet portant sur les assises tertiaires et crétaciques des fosses et sondages du nord de la France[29], Montessus de Ballore délimite ce qu’il entend par « pseudoséimes » que l’on nommerait de nos jours « séismes induits » :

« Les tremblements de terre dont il s’agit ici présentent des caractères très particuliers : leur aire d’extension est à peu près circulaire et ne dépasse guère 7 à 8 kilomètres ; l’intensité du choc, assez grande au centre, diminue avec une rapidité bien plus grande que pour les séismes ordinaires. N’ayant pas, du moins ainsi qu’on le pense, une origine purement naturelle, mais dépendant de causes artificielles, on peut les qualifier de « pseudoséismes »[30]»

Revenant sur le séisme de la vallée de la Scarpe de 1896, Montessus de Ballore remet en question les conclusions de Jules Cornet quant à l’irresponsabilité des travaux miniers comme origine du tremblement de terre :

« Gosselet a déterminé au moyen des résultats de plus de 300 forages ou sondages, la forme des surfaces des différentes couches du sous-sol profond des environs de Douai. Le savant géologue a déduit de ses recherches d’intéressantes conclusions relativement aux faibles secousses locales qui ébranlent de temps à autre le bassin houiller du Nord de la France, et il est d’autant plus nécessaire d’examiner si ses déductions sont, ou non, d’accord avec les faits d’observation, que Cornet ne s’y rallie pas plus en 1905 qu’il n’avait, à l’occasion du tremblement de terre du 2 septembre 1896, admis le rôle séismogénique généralement attribué au déhouillement dans le bassin franco-belge ; il fait, en effet, observer que les 100 kilomètres d’extension qu’a présentée ce séisme sont incompatibles avec cette explication. La raison est, dans ce cas, péremptoire[31]»

En effet, se basant sur la topographie souterraine créée par Gosselet Montessus de Ballore constate que les surfaces supérieures du terrain primaire et les cinq assises principales du Crétacé et du Tertiaire du bassin du Douasis sont en étroite dépendance les unes avec les autres et forme un « paléocreux » très sensible à l’action des travaux miniers :

« La topographie superficielle du Primaire présente, à l’ouest de Douai, un creux allongé presque dans la direction nord-sud, et limité de chaque côté par de fortes pentes, plus accentuées encore à l’est qu’à l’ouest […] Le paléocreux de Douai est limité à l’est par un large escarpement, et les couches crétacées présentent là une forte pente. Cette grande inclinaison fait comprendre, dit Gosselet, comment sous l’influence de l’affaissement de la surface primaire dû à l’exploitation [de la houille], il a pu y avoir des glissements dans les terrains morts. On se rend ainsi compte des tremblements de terre qui agitent la surface du sol et qu’on ne ressent pas dans les terrains profonds. Il n’y aurait même rien d’étonnant à ce qu’il se produisit des crevasses et des modifications de distance de quelques monuments superficiels. C’est sous une forme nouvelle, revenir à l’influence séismogénique du déhouillement[32]»

Face à ces nouvelles conclusions, Montessus de Ballore plaide pour que l’étude de la séismicité induite soit un projet de recherche prioritaire pour les gouvernements belges et français et pour les charbonnages, en opposition frontale avec les affirmations catégoriques de Jules Cornet et de Jicinsky :

« De tout cela résulte que les secousses dues, plus ou moins directement, aux travaux des mines, méritent d’être l’objet d’études spéciales, et l’emploi d’instruments enregistreurs paraît nécessaire pour déceler l’origine de ces mouvements au moyen des caractères propres de leurs séismogrammes. Alors seulement on pourra définitivement émettre un avis sur l’influence séismogénique de l’exploitation des mines, soit de houille, soit d’autres substances minérales. En fin de compte, l’opinion de Jicinski nous paraît trop absolue dans le sens de la négation, et, au moins dans certains cas particuliers de légères secousses locales, la relation de cause à effet semble s’imposer. Les stations séismographiques profondes établies à l’Agrappe en Belgique et à Przibram en Bohême sont destinées à élucider la question dans un sens ou dans l’autre, et il est à souhaiter que cet exemple soit suivi dans un plus grand nombre d’établissements miniers[33] »

Malheureusement, en Belgique et en France, c’est l’opinion catégorique défendue par Jules Cornet qui l’emporte. La station de l’Agrappe est abandonnée de même que les recherches sur la séismicité induite pour la simple raison que certains scientifiques ont réussi à (se) convaincre que dans les bassins houillers belges et français, ce phénomène n’existe tout simplement pas.

[1] Rothé J.-P., Séismes artificiels, in Tectonophysics, 9, 1970, p. 215-238 ; McGarr A. F., Simpson D. et Seeber L., Case Histories of Induced and Triggered Seismicity, in International Handbook of Earthquake and Engineering Seismology, 81A, 2002, p. 647-661.

[2] Fuchs K., Les volcans et les tremblements de terre, Paris, 1884 (4e éd.), p. 149-160.

[3] Fuchs K., Les volcans et les tremblements de terre, p. 154.

[4] Ibid., 1895.

[5] Mintrop L., Die Erdbebenstation der Westfälischen Berggewerkschaftskasse in Bochum, in Glückauf, 45, 1909, p. 357-365

[6] Gibowicz S. J. et Kijko A., éd., An Introduction to Mining Seismology, San Diego, Academic Press, « International Geophysics », 55, 1994, p. 2.

[7] Van den Broeck E., Séance spéciale supplémentaire du mardi 14 juin 1898 consacrée à l’exposé préliminaire de l’étude du grisou dans ses rapports avec les phénomènes de la météorologie endogène et au point de vue de sa prévision par l’observation des microsismes, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 12, 1898, p. 7-12.

[8] De Munck E., Le tremblement de terre dans le Nord de la France, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 10, 1896, p. 175.

[9] Id., Considérations au sujet du tremblement de terre du 2 septembre 1896, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 10, 1896, p. 173.

[10] Procès-verbal de la séance spéciale du mardi 5 juillet 1898, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 12, 1898, p. 38-39.

[11] Procès-verbal de la séance spéciale du lundi 18 juillet 1898, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 12, 1898, p. 58.

[12] Somville O., Les tremblements de terre en Belgique, Gembloux, J. Duculot, 1936, p. 1-24 et Van Camp M. et Camelbeeck T., Histoire des stations sismiques belges. De la station « Solvay » au réseau national de surveillance sismique, in Ciel et Terre, 120, novembre-décembre 2004, p. 162-176.

[13] Van Camp M. et Camelbeeck T., Histoire des stations sismiques belges…, p. 170-171.

[14] Rapport relatif aux stations simiques de Quenast et de Frameries, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 20, 1906, p. 43-56

[15] La Société belge de géologie est dès le début du projet confrontée aux réticences des charbonnages et de l’Administration des Mines à leur fournir des renseignements. Le secrétaire général de la société, Ernest Van den Broeck prévoyait dès 1899 d’envoyer des lettres-circulaires aux gérants des charbonnages belges et français pour leur demander leur collaboration dans l’étude des phénomènes sismiques liés aux travaux miniers (et pas uniquement ceux relatifs au dégagement de grisou). Des membres de la société, attachés au milieu charbonnier, signale au secrétaire général que les charbonnages risquent de se méfier face à une telle demande. La crainte que le projet de recherche de Van den Broeck prouve le lien entre sismicité induite et extraction minière transparaît en filigrane dans les réponses qui lui données : M. Habets craint que le procédé d’études proposé par M. Van den Broeck ne conduise, par la constatation de quelques coïncidences toutes fortuites, à des conclusions hâtives et dangereuses. Il croit ce mode opératoire peu efficace et craint d’ailleurs que les exploitants ne restent sourds à l’appel que voudrait nous voir faire M. Van den Broeck. M. Flamache opine dans le même sens et croit plus opportun de limiter les recherches à un cas particulier [les microséismes liés aux dégagements de grisou] avant de porter les investigations sur une aire étendue (Phénomènes grisouteux du Charbonnage de Marchienne à Marchienne-au-Pont (janvier et février 1899), procès-verbal de la séance du 26 avril 1899, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 13, 1899, p. 110).

[16] Douxami H., Les tremblements de terre. Essai sur l’état actuel de la séismologie, Lille, Danel, 1911 ; Id., Les tremblements de terre ou séismes dans la région du Nord de la France, in Bulletin de la Société de géographie de Lille, 58, 2e semestre, 1912, p. 30-58 et Montessus de Ballore F., Les tremblements de terre, géographie séismologique, Paris, Armand Colin, 1906.

[17] Douxami H., Les tremblements de terre ou séismes…, p. 47

[18] Jicinsky, Bodensenkungen durch den Bergbau, in Die Erdbebenwarte, 2, 85, 1902.

[19] Montessus de Ballore F., Les tremblements de terre, géographie séismologique…, p. 71-72.

[20] Cornet J., À propos du récent tremblement de terre de la Belgique et du Nord de la France, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 10, 1896, p. 131.

[21] Voir, entre autres, Charlier C., Secousses séismiques ressenties en Belgique (Hainaut) en mars 1944, in Ciel et Terre, 60, janvier-février 1945, p. 52-53 et 93 ; Fourmarier P. et Charlier C., Les séismes dans la province de Hainaut de 1900 à 1949… ;  Marlière R., Les tremblements de terre d’avril-mai 1949 dans la région de Mons, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 60, 1951, p. 17-27; Renier A., Les tremblements de terre envisagés comme les manifestations les plus récentes des phénomènes de plissement du sol belge, in Société géologique de Belgique. Livre jubilaire, 2, Bruxelles, 1924, p. 149-155 ou encore Stevens C., Déformations tectoniques récentes observables en Belgique. La vallée de la Haine s’affaisse-t-elle encore de nos jours ?, in Publications de l’association des ingénieurs de l’école des mines de Mons, 1er fasc., 1933, p. 211-225.

[22] Douxami H., Les tremblements de terre ou séismes…, p. 55.

[23] Ibid., p. 57.

[24] Douxami H., Les tremblements de terre ou séismes…, p. 46.

[25] Descamps L., Relations entre l’activité sismique dans le Hainaut et l’activité minière, Université de Mons, Faculté polytechnique, 2009 (Mémoire de master 2 en ingénierie civil des mines-géologie inédit), p. 13-14.

[26] Cambier R., Les tremblements de terre de Ransart (mars, juin, juillet 1911), in Annales de la Société géologique de Belgique, 39, 1911-1912, p. B100.

[27] Sur le lien entre crainte de l’effondrement économique, social et politique et la falsification de données scientifiques, voir l’ouvrage fondamental de Oreskes N. et Conway E. M., Les marchands de doute, ou comment une poignée de scientifiques ont masqué la vérité sur des enjeux de société tels que le tabagisme et le réchauffement climatique, Paris, Le Pommier, 2014. Voir également les développements récents en histoire environnementale dans les ouvrages de Le Roux T., Le laboratoire des pollutions industrielles. Paris, 1770-1830, Paris, Albin Michel, 2011 et Fressoz J.-B., L’Apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique, Paris, Le Seuil, « L’univers historique », 2012, p. 216-223 et pour le cadre belge de Maréchal J., La guerre aux cheminées. Pollutions, peurs et conflits autour de la grande industrie chimique (Belgique, 1810-1880), Namur, Presses universitaires de Namur, 2016, p. 271-365 et de Zimmer A., Brouillards toxiques. Vallée de la Meuse, 1930, contre-enquête, Bruxelles, Zones sensibles, 2016, p. 113-130.

[28] Montessus de Ballore F., Les tremblements de terre, géographie séismologique…, p. 461.

[29] Gosselet J., Les assises crétaciques et tertiaires dans les fosses et les sondages du Nord de la France, 1 : Région de Douai, Paris, Ministère des Travaux publics, « Études des gîtes minéraux de la France », 1904.

[30] Montessus de Ballore F., Les tremblements de terre, géographie séismologique…, p. 461.

[31] Montessus de Ballore F., Les tremblements de terre, géographie séismologique…, p. 461-462. Voir également Cornet J., L’allure de la surface des terrains primaires et celle des couches crétacées et tertiaires dans la région de Douai, d’après un récent travail de M. J. Gosselet, in Bulletin de la Société belge de géologie, de paléontologie et d’hydrologie, 19, 1905, p. 112).

[32] Montessus de Ballore F., Les tremblements de terre, géographie séismologique…, p. 462-463.

[33] Ibid., p. 464

Publicités

1. Aux fondements de l’impérialisme minéral. Connaître le sous-sol et la mine, acclimater le charbon à la société en Belgique et en France au 18e siècle

« En vain a-t-on opposé à l’emploi de la houille l’inconvénient de la fumée noire et son odeur, soit-disant malsaine ; en vain a-t-on cherché à dégoûter les consommateurs ; l’exemple, la raison et le temps qui triomphent de tout, sont là pour vaincre les oppositions routinières, et pour faire valoir et prédominer ce qui est véritablement bon et utile. Aussi la consommation de la houille en France et à Paris même, va-t-elle toujours en croissant, non seulement pour le service des usines, mais qui plus est, pour les usages domestiques »

C.P. Brard, 1826[1].

Le développement de l’extraction du charbon au 18e siècle va de pair avec l’augmentation de son utilisation en tant que combustible domestique et industriel. Le charbon de terre permet de pallier à la pénurie de bois touchant l’Europe occidentale au 18e siècle[2]. Toutefois, le recours au charbon de la part des populations ne s’opère pas sans réticences. Jusqu’à la fin du 18e siècle et même encore au 19e, le charbon suscite de nombreuses interrogations sur sa nocivité[3]. Son utilisation, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne va pas de soi. Des hommes de lettres et de sciences entreprennent de modifier les préjugés et de donner une image positive du charbon et de ses capacités calorifiques[4]. Le basculement culturel en faveur du combustible est un préalable à l’expansion de l’activité charbonnière en permettant la création de débouchés pour écouler la production.

L’importance croissante des activités extractives au sein des sociétés française et « belge » s’accompagne également d’un accroissement des savoirs sur le sous-sol et l’art des mines. La géologie en tant que science naît dans le courant du siècle des Lumières. L’étude du monde souterrain et des techniques minières permet de soutenir le développement des activités extractives[5]. La conquête du monde minéral nécessite une meilleure connaissance de celui-ci, de sa nature, des moyens d’en extraire les matériaux et des conséquences de cette exploitation[6]. Plongeons ensemble dans les fondements du système extractiviste actuel, remontons aux racines l’impérialisme minéral, c’est-à-dire, à l’entreprise de conquête et de domination du sous-sol par l’Homme.

Le charbon de terre, un combustible insalubre ?

Jusqu’à la fin du 18e siècle, le charbon n’est pas considéré comme un combustible de qualité, pire on lui prête un caractère nocif. Ce n’est pas encore le « pain de l’industrie » dont les commentateurs du 19e et du 20e siècles loueront les mérites et les bénéfices pour la « civilisation[7]».

Les préjugés sur la houille ont certainement retardé son utilisation selon Jean Vercleyen[8]. En Angleterre, le charbon est pendant longtemps considéré comme nuisible à la santé[9]. En France, il est taxé de combustible insalubre[10]. Henri IV en défend l’usage sous peine d’amendes et de peines d’emprisonnement. Dans l’Empire Germanique, Athanasius Kircher prétend en 1665 que la houille provoque l’apoplexie[11] tandis qu’en 1740, Hoffmann la rend responsable de la pleuro-pneumonie, de l’asthme et de la phtisie, maladies qui selon lui existent à l’état endémique dans les régions charbonnières de Liège et de Londres[12].

Les voyageurs traversant les régions minières se plaignent fréquemment dans leurs récits de la puanteur de la fumée du charbon[13]. Pour De Pöllnitz, les voyageurs ne peuvent traverser Liège sans trouver à médire de la houille. Le chauffage en est très désagréable par la mauvaise odeur qui surpasse celle du charbon d’Angleterre et qui rend Liège, en hiver, aussi noire et aussi sombre que Londres[14]. En Autriche, des sujets des Pays-Bas autrichiens envoyés à Vienne par le prince Charles de Lorraine en 1757 échouent à faire adopter aux Autrichiens l’usage de la houille[15].

Ces opinions négatives ont néanmoins des contreparties plus favorables au charbon. Pour Waleffe, la houille a un rôle bénéfique pour les habitants du pays de Liège : les Liégeois ont naturellement beaucoup d’esprit, ils sont capables des sciences les plus abstraites avec un grand feu d’imagination. L’air pur du pays et la vapeur du charbon qu’on y respire, rempli de soufre et de nitre, peuvent y avoir part[16]. Morand, membre de l’Académie des Sciences française, effectue des expériences publiques sur l’usage de la houille afin de vaincre l’aversion des Parisiens pour ce minéral. Il écrit : les Liégeoises, qui sont au moins aussi coquettes que nos Françaises, emploient presque exclusivement de la houille pour se chauffer[17]. Le charbon ne serait pas nocif pour la beauté des femmes, heureuse nouvelle…

L’opinion négative et méfiante envers le charbon s’inscrit dans la logique hygiéniste des circumfusa ou « choses environnantes ». Sous ce terme, les médecins du 18e siècle incluent les airs, les eaux, les lieux de la médecine hippocratique et tous les autres éléments ayant une influence sur la santé[18]. Les fumées de charbon font partie des « choses environnantes » pesant sur la santé des habitants. Elles apparaissent logiquement menaçantes à certains médecins et intellectuels[19]. Les vapeurs et les fumées sont considérées comme étant la cause de maladies. Par exemple, Dubos considère en 1719 que le déclin des Romains depuis l’Antiquité est dû à la destruction des égouts par les envahisseurs barbares et par l’expansion des mines d’alun dont les vapeurs ont altéré l’air de la ville[20].

Les vapeurs artisanales sont vues d’un œil méfiant par la bourgeoisie urbaine qui craint pour sa santé et son bien-être[21]. La fumée dégagée par la combustion du charbon fait partie, selon cette logique, des circumfusa qu’il s’agit de circonscrire voire d’éliminer du milieu urbain afin de l’assainir.

La police d’Ancien Régime est très active dans la régulation des activités industrielles et artisanales en milieu urbain. Geneviève Massard-Guilbaud et Thomas Le Roux ont bien montré pour le cas parisien l’influence des lieutenants de police dans la gestion des pollutions industrielles au 18e siècle et l’obstacle que constitue pour l’industrialisation les compétences des magistrats de police en la matière[22]. Ces magistrats limitent l’usage de la houille dans les villes à cause de l’aversion d’une partie des habitants pour les fumées de charbon3. Après la Révolution, plusieurs scientifiques et industriels, notamment Chaptal et Payen, vont mener un « lobbying » intense auprès des instances gouvernementales républicaines afin de restreindre les compétences des magistrats de police en plaçant les affaires industrielles hors du champ de compétence de la police. La régulation de la pollution est transférée à l’administration civile et le règlement des conflits à la juridiction civile[23]. Après 1810, le « verrou policier » saute définitivement, permettant l’usage non restrictif du combustible fossile[24].

 Ces quelques exemples d’avis positifs et négatifs sur la houille, la fumée que sa combustion dégage, sa puanteur et son caractère déplaisant, montrent que l’utilisation du charbon est sujette aux réticences d’une partie de la population. Hormis les habitants proches des lieux d’extraction, les personnes disposées à recourir au charbon pour le chauffage domestique à la place du bois ou à remplacer le charbon de bois par du charbon de terre dans les forges et les fourneaux sont encore peu nombreuses dans la première moitié du 18e siècle[25].

Sauver les forêts, promouvoir l’usage du charbon

La promotion de l’usage du charbon pour le chauffage domestique et son usage industriel ainsi que l’intérêt accru du gouvernement français et de celui des Pays-Bas autrichiens pour la recherche et la mise en exploitation des mines de charbon s’expliquent, en grande partie, par une crise environnementale touchant l’Europe occidentale : la pénurie de bois et la déforestation[26].

 Durant tout le 18e siècle, la France comme les Pays-Bas sont confrontés à une envolée du prix du bois due à sa raréfaction. Jars témoigne de cette pénurie de bois et de l’utilité de remplacer le bois par le charbon de terre dans ses Voyages métallurgiques en 1763 :

« L’utilité des houilles ou charbons de pierre est depuis longtemps reconnue en France et rend précieuses les carrières de ce minéral qu’elle possède. On l’emploie dans les forges et on le substitue avec avantage dans plusieurs cas, au charbon fait avec le bois, dont il importe d’autant plus de diminuer la consommation, que l’on se plaint avec raison que la quantité en diminue sensiblement dans le royaume et que les forêts se détruisent par les coupes sans être remplacées par des plantations équivalentes[27] »

Déjà au milieu du 17e siècle, l’État français s’inquiète du déboisement[28]. Une ordonnance prise par Colbert en 1669 sur les eaux et forêts est censée réguler la déforestation et réglementer les usages du bois, notamment par le contrôle étatique à travers la Maîtrise des Eaux et Forêts, mais son efficacité est limitée[29]. Après les années 1750, la situation empire, le combustible tend à manquer au fur et mesure que les forêts et les bois sont exploités. L’accroissement démographique, la recherche du confort et l’essor des grandes manufactures exigent des quantités de plus en plus importantes de bois[30]. Selon Louis Trénard, le Nord du royaume de France est particulièrement touché :

« Les ateliers textiles anéantissent les forêts : on file et on tisse en Flandre et en Picardie, Saint-Quentin produit 100000 pièces de toile, Valenciennes 50000, Maubeuge fabrique des serges, Condé des siamoises ; Saint-Amand des molletons, Lille des bas… Partout, les chaudières engloutissent des bûches[31] »

Dans le Nord, cette surconsommation de bois conjuguée à la séparation du comté de Hainaut en deux parties rend l’approvisionnement en bois et en charbon difficile. Selon Marcel Gillet et Hubert Watelet, cette pénurie énergétique aurait incité les entrepreneurs à mener des prospections afin de découvrir des gisements de charbon de terre exploitables pour pallier le manque chronique de bois et de charbon de bois[32]. Dans les Pays-Bas autrichiens, et particulièrement le Hainaut, l’usage du charbon de terre est plus répandu mais demeure insuffisant pour régler la pénurie de bois frappant la contrée. C’est seulement vers les années 1760-1770 que l’impératrice Marie-Thérèse en favorise officiellement l’emploi[33]. Dans une lettre de Van Swieten, médecin particulier de l’impératrice, au médecin Morand, auteur d’un célèbre traité sur l’exploitation des mines, il indique que Sa Majesté pensait très avantageusement de l’usage de la houille qu’elle donnait des récompenses aux maréchaux-ferrants, aux faiseurs de briques, et aux chaufourniers qui s’en servaient[34].

Certains scientifiques de l’époque craignent également que la déforestation massive ne mène à un changement climatique irréversible. Il s’agit en l’occurrence d’un refroidissement généralisé du globe[35]. Cette crainte inspire directement des théories climatiques de l’époque. C’est le cas notamment de l’ingénieur des Ponts et Chaussées François Antoine Rauch dans son étude de 1802 intitulée Harmonie hydro-végétale et météorologique, ou recherches sur les moyens de recréer avec nos forêts la force des températures et la régularité des saisons par des plantations raisonnées[36]. La déforestation perturberait le cycle de l’eau. Les arbres assurent la stabilité climatique. Leur diminution entraîne un phénomène de refroidissement car l’eau étant moins absorbée par les végétaux, elle a tendance à demeurer dans l’atmosphère, à favoriser la création de nuages et à retomber sous forme de pluie et de neige[37]. Sauver les forêts en recourant à plusieurs sources d’énergie et combustibles comme le charbon permettrait d’enrayer ce changement climatique. Le charbon est vu comme un potentiel sauveur de la planète à la fin du 18e et au début du 19e siècle…[38].

La France régénérée vous demande à recréer cette belle nature sur toute sa surface, Harmonie hydrovégétale, 1802.

L’augmentation du prix du bois, la disparition des forêts, la crainte de voir le climat changer de manière irréversible, l’urbanisation croissante et le développement de l’industrie post-1750 accélère le basculement culturel en faveur du charbon et encourage le développement des activités charbonnières[39]. On assiste dans les dernières lueurs de l’Ancien Régime, aux prémices du passage d’une économie « organique », fondée sur les énergies « renouvelables » (bois, eau, vent, muscles), caractéristique des sociétés depuis l’Antiquité, à une économie « minérale », celle qui est la nôtre, dépendante de la production de combustibles fossiles et de minerais en grande quantité afin d’en assurer la pérennité[40].

Usage domestique du charbon

Pour accroître l’utilisation du charbon pour le chauffage domestique, outre les réticences psychologiques, les foyers de cheminée et les habitations en général doivent être adaptées. Les foyers à bûche ne sont pas conçus pour brûler du charbon de terre. Certains s’interrogent sur la manière de construire des cheminées qui pourraient utiliser le charbon de manière satisfaisante et bien chauffer. Une « science » spécifique, la « caminologie » se développe. Des études sont menées sur la réflexion des rayons calorifiques sur la brique de terre cuite ou sur la forme des conduits pour améliorer le flux d’air. On mesure la force ascensionnelle de l’air chaud ainsi que sa pression augmentant avec la température. La calorimétrie, la dynamique des gaz, l’étude de la combustion découlent d’un souci de confort caractéristique de la science des Lumières[41]. Les cheminées sont aménagées pour utiliser le charbon et recueillir ses cendres. Le fond de la cheminée est maçonné en briques au lieu d’avoir une plaque en fonte, les boulets et agglomérés de charbon brûlent dans un bac grillagé afin d’en prévenir la dispersion[42].

Quelques Académies scientifiques organisent des concours en vue de trouver un système pour empêcher les cheminées de répandre de la fumée et de résoudre les nuisances causées par les fumées de charbon[43]. Entre 1783 et 1787, l’architecte lyonnais Joseph Desarnod améliore la cheminée « à la pensylvanienne » imaginée par Benjamin Franklin. Il propose d’établir une manufacture d’appareils de chauffage au charbon. La Convention nationale fait placer un des poêles de Desarnod dans sa salle de réunion. L’architecte reçoit plusieurs récompenses aux Expositions de l’an VI et de l’an XI. Toutefois, la diffusion du chauffage au charbon est relativement lente. En Alsace, les pôeles à charbon n’apparaissent que vers 1811[44]. La Société libre d’émulation de Liège propose plusieurs fois entre 1783 et 1787 la question suivante au concours : Quels sont les moyens de prévenir les dangers qui accompagnent l’exploitation de la houille au pays de Liège[45] ?

Utilisation industrielle du charbon

L’utilisation du charbon de terre dans les procédés artisanaux et industriels intervient tardivement aussi bien en France que dans le Hainaut. Sa consommation dans les forges et les fourneaux nécessitent aussi des aménagements à l’instar des appareils de chauffage domestique. Le charbon ne donne pas la même flamme et ne possède pas la même puissance calorifique que les bûches ou le charbon de bois. Les fours ne sont pas conçus pour un combustible qui brûle lentement. En France, la houille remplace progressivement le charbon de bois dans les verreries, les poteries, les briqueteries et les fours à chaux. Dans la métallurgie, par contre, l’adoption du charbon de terre à la place du charbon de bois s’effectue plus rapidement. Des deux côtés de la frontière, les industries s’inspirent du modèle anglais pour renouveler leurs techniques et recourir au coke[46]. On assiste au passage de la forge au charbon de bois à la métallurgie au coke même si le charbon de bois reste majoritaire dans les forges jusqu’aux années 1840[47]. Dans le Hainaut, les faïenceries et les verreries n’adoptent le charbon de terre que durant la période française. Par contre, dans le Tournaisis, les chaufourniers recourent massivement au charbon pour produire de la chaux[48].

Savoirs géologiques et extraction minière

L’extraction du charbon et l’expansion de l’activité charbonnière suscite l’intérêt d’un certain nombre de scientifiques. Le paysage souterrain est créé au 19e siècle avec le développement des mines[49]. Sa création est à mettre en parallèle avec celle du paysage montagneux forgé au 18e siècle[50]. Les savoirs géologiques se développent en même temps que l’activité minière occupe une place de plus en plus importante pour les sociétés occidentales[51].

Le sous-sol est un espace non maîtrisé, dangereux et mystérieux. C’est le ventre de la terre, un lieu ambivalent suscitant à la fois attraction et répulsion. Le souterrain est le réceptacle des Enfers, des défunts, des monstres, des démons et des divinités maléfiques. Au Moyen Âge, on se méfie des mines et des mineurs car le sous-sol est la source des forces maléfiques[52].

Les connaissances sur le monde souterrain se développent dès le 16e siècle sous l’impulsion de Georg Bauer, dit Agricola, et de son ouvrage De Re Mettalica paru pour la première fois en 1556[53]. Fruit de ses observations dans plusieurs mines, Agricola décrit les arts miniers, la manière de mener les travaux, les risques encourus par les mineurs, les impacts de l’extraction sur la surface et la nature des différents minéraux exploités à son époque. Jusqu’au 18e siècle, il demeure l’ouvrage de référence pour les exploitants miniers[54]. Durant ce siècle, l’exploitation des mines est en plein essor du fait de l’accroissement des besoins lié à l’industrialisation naissante et à la pénurie de bois touchant l’Europe occidentale. L’intérêt d’un nombre croissant de scientifiques et d’intellectuels pour la minéralogie et les arts miniers s’inscrit dans ce processus d’industrialisation et comme une réponse à la crise environnementale à laquelle les États d’Ancien Régime sont confrontés. Pour Gabriel Gohau, l’étude des couches de la terre n’est plus, au 18e siècle, la préoccupation des seuls théologiens qui dissertent sur le Déluge et la Création du monde[55]. La connaissance du sous-sol suscite l’intérêt d’industriels soucieux d’exploiter de manière profitable les ressources minières[56].

Il ne s’agit pas ici de retracer l’histoire de la géologie mais plutôt de montrer, succinctement, que le savoir géologique en bouleversant la manière de concevoir la Terre et le sous-sol, pose les bases du système « extractiviste » qui prend son plein essor à la fin du 19e siècle et au début du 20e[57].

Les naturalistes des Lumières contribuent à changer la temporalité du globe et la manière de percevoir le sous-sol et les matières que celui-ci renferme. Le monde souterrain cesse progressivement d’être considéré comme un don de Dieu pour devenir un stock de ressources à exploiter. Le savoir géologique permet de dépasser le cadre local des exploitations minières pour envisager le sous-sol dans sa globalité. Les géologues classent, repèrent, délimitent les masses souterraines, tracent des cartes géologiques, représentent un monde auparavant inconnu pour le révéler aux industriels[58]. Les prospections sont rendues plus sûres tandis que les notions de « ressource » et de « réserve » se répandent dans les milieux d’affaires et les administrations[59]. L’industrie minière, quant à elle, fournit aux géologues les données qui leurs sont nécessaires par les terres remontées des puits de sondages, les fossiles retrouvés dans les veines de charbon, etc. Géologie et activités minières se nourrissent mutuellement de leurs savoirs et de leurs avancées[60].

La détermination de l’âge de la Terre entre également en ligne de compte pour expliquer l’envolée de l’exploitation minière à la fin du 18e siècle. Pour certains naturalistes, comme Buffon, la Terre est bien plus ancienne que ce qu’affirme l’Église[61]. Pour lui, la Terre est âgée de 75000 ans au lieu de quelques milliers d’années[62]. Cet élargissement de l’horizon temporel du globe exerce une influence certaine sur la perception du contenu du sous-sol. Si la Terre est plus âgée qu’on le pensait auparavant, les ressources minérales disponibles doivent être forcément plus importantes. Au début du 19e siècle, cette confiance dans une nature-stock infiniment ancienne et donc immensément riche pour reprendre les termes de Jean-Baptiste Fressoz, favorise le basculement d’une énergie organique de surface vers une énergie fossile souterraine et soutient le développement de l’industrie minière. De la fin du 18e au début du 19e siècle, on passe d’une conception d’un sous-sol fini et limité à un sous-sol perçu comme un immense réservoir où l’industrie peut puiser ses ressources et assurer sa prospérité[63]. Ce qui permet à des économistes du début du 19e siècle comme Jean-Baptiste Say d’affirmer que les ressources souterraines permettent à l’être humain de s’affranchir des limites imposées par la finitude de la surface de la Terre :

« Heureusement que la nature a mis en réserve, longtemps avant la formation de l’homme, d’immenses provisions de combustibles dans les mines de houille, comme si elle avait prévu que l’homme, une fois en possession de son domaine, détruirait plus de matières à brûler, qu’elle n’en pourrait reproduire[64] »

Grâce à la nouvelle conception d’une Terre ancienne se développant à la fin du 18e siècle, malgré la finitude manifeste de sa surface, l’intérieur de la planète devient un réservoir apparemment illimité de ressources[65]. En quelques décennies, entre la fin du 18e et le début du 19e siècle, la géologie a transformé radicalement la crainte de la finitude des ressources et du déclin des sociétés par l’augmentation démographique et le manque de denrées alimentaires telle que développée par Malthus en un plaidoyer rassurant pour une croissance sans fin. L’écorce terrestre et ses richesses sont désormais considérées comme les moteurs du développement et du progrès humain[66].

Connaître le charbon

Connaître le charbon, sa composition, le tracé des veines, l’importance d’un gisement devient une question cruciale et un passage obligatoire pour mener l’exploitation des couches de houille de manière profitable et mettre en valeur le gisement[67].

La hantise du gaspillage se développe au 18e siècle. Les « grattages » des propriétaires de la surface afin d’extraire le charbon superficiel, communément nommé « terre-houille », en France et dans les Pays-Bas autrichiens sont moins tolérés voire réprimandés[68]. Pour assurer l’approvisionnement des établissements industriels, l’exploitation doit être rationnelle et réfléchie. Pour ce faire, le développement des savoirs sur le charbon et sur l’art de l’exploiter sont encouragés par les gouvernements[69]. En France, avant la création de l’École des Mines en 1783, la volonté d’acquérir des informations scientifiques sur les gisements de charbon et sur les manières de les exploiter suscite des missions à l’étranger[70]. Entre autres, Jars et Duhamel parcourent les régions minières de l’Empire germanique, de l’Angleterre, de l’Écosse, de la Principauté de Liège pour observer les techniques employées dans les exploitations de ces contrées[71]. Dans la même optique, les traités sur l’art des mines, la minéralogie et la géologie publiés par les académies de Saxe et d’Autriche sont rapidement traduits en français[72]. Les connaissances acquises par ces voyages d’étude sont rapidement transmises auprès des exploitants et appliquées, surtout dans les grandes sociétés comme la Compagnie d’Anzin ou le Grand Hornu.

Les savoirs sur la nature du charbon se modifient également au 18e siècle. Pendant longtemps, le charbon est considéré comme une pierre renfermant un feu intérieur, le phlogistique. Inflammable, le charbon serait à l’origine des volcans et des tremblements de terre[73]. Pour Agricola, dans le De ortu, les feux souterrains qui alimentent les volcans et causent les séismes seraient produits par la combustion du charbon, du soufre et des bitumes dans les entrailles de la Terre[74]. Durant les Lumières, les conceptions changent. L’Encyclopédie fait le point sur les connaissances au milieu du siècle. Dans l’article « Charbon minéral » rédigé par d’Holbach en 1753, ce dernier décrit le charbon comme une  substance inflammable composée d’un mélange de terre, de pierre, de bitume et de soufre : elle est d’un noir foncé, formé par un assemblage de feuillets ou de lames étroitement unies les unes aux autres, dont la consistance, les propriétés, les effets et les accidents varient suivant les différents endroits d’où elle est tirée[75].

La question principale de l’époque consiste à savoir la nature du charbon. Certains, comme le minéralogiste Suédois Wallerius pensent que le charbon est produit par une « huile de pétrole ou du naphte » qui s’est mêlée à de la marne et du limon. D’autres, comme d’Holbach croient en l’origine végétale des bitumes. Ils prennent pour preuve les restes de végétaux fossiles que l’on trouve dans les morceaux de charbon et les radicelles fossilisées présentes sur le toit des galeries souterraines[76]. Une seconde preuve est fournie par l’aspect « feuilleté » du charbon, chaque feuille étant une couche de végétaux décomposés. D’Holbach en conclut qu’il

« y a tout lieu de croire que, par des révolutions arrivées à notre globe dans les temps les plus reculés, des forêts entières de bois résineux ont été englouties et ensevelies dans le sein de la terre, où peu à peu et au bout de plusieurs siècles, le bois, après avoir souffert une décomposition, s’est ou non changé en limon, ou en une pierre, qui ont été pénétrés par la matière résineuse que le bois lui-même contenait avant sa décomposition »

L’idée selon laquelle le charbon a une origine végétale exerce une influence primordiale sur son extraction. Certains intellectuels imaginent que le charbon se renouvelle en sous-sol comme les végétaux de la surface. En 1774, Claude Léopold Genneté, physicien de l’impératrice d’Autriche, publie ses Connaissances des veines de houille ou charbon de terre et leur exploitation dans les mines qui les contient. Il y expose une théorie, relativement répandue, selon laquelle les veines de charbon sont formées par un suc bitumineux qui distille du roc. Elles se reproduiraient en quarante ans alors que les minéraux ne possèderaient pas cette propriété ce qui explique la rareté de ces derniers[77]. La théorie du renouvellement des couches de charbon peut se justifier par les origines végétales du minéral mais les observations de terrain viennent vite contredire cet optimisme. Les gisements s’épuisent et ne se renouvellent pas malgré les ans qui passent[78].

Buffon étudie le charbon en suivant l’idée cartésienne que la connaissance scientifique de la nature permet à l’homme de la dominer. Il reconnaît l’origine végétale du charbon dans son Histoire naturelle des minéraux et en encourage l’exploitation[79]. D’autres encore accroissent les savoirs sur le charbon grâce à leurs voyages d’étude, leurs observations de terrain, leurs expériences sur le minéral et les traités qu’ils en tirent[80]. Les Académies organisent des concours cherchant à trouver les meilleurs moyens de tirer profit du charbon[81].

L’intérêt pour le charbon au 18e siècle est certain. Le combustible occupe une place de plus en plus importante dans la société que ce soit pour le chauffage ou pour les industries et surtout dans les sciences. Philosophes, naturalistes, intellectuels et scientifiques se penchent sur le précieux minéral. Ce dernier devient l’objet de nombreuses interrogations et de multiples convoitises au fur et à mesure que les savoirs à son propos se développent. Un dernier exemple de l’intérêt pour le charbon se trouve dans l’Encyclopédie méthodique publiée par Charles Panckoucke à partir de 1782. L’article « charbon » se trouve dans le premier volume dédié aux matières financières[82]. Le charbon occupe une place de choix dans les préoccupations économiques et scientifiques à la fin de l’Ancien Régime[83].

Reste à savoir comment l’impérialisme minéral se développe dans le courant du 19e siècle, mais cela c’est une autre histoire…

Notes

[1] Brard C.P., Minéralogie populaire ou avis aux cultivateurs et aux artisans sur les terres, les pierres, les sables, les métaux et les sels qu’ils emploient journellement, le charbon de terre, la tourbe, la recherche des mines, etc., Paris, Louis Colas, 1826, p. 90.

[2] Buridant J., Crise forestière et exploitation de la tourbe en France, 18e-19e siècle : essai de mise en parallèle, in Derex J.-M. et Grégoire F., éd., Histoire économique et sociale de la tourbe et des tourbières, Paris, Aestuaria, 2009, p. 77-86.

[3] Darquenne R., Controverses sur la nocivité du charbon de terre (18e-19e siècles), in Annales de la Société belge d’histoire des hôpitaux, 19, 1981, p. 33-45.

[4] Trénard L., Le charbon avant l’ère industrielle, in Trénard L., dir., Charbon et Sciences humaines. Actes du colloque organisé par la Faculté des Lettres de l’Université de Lille en mai 1963, Paris, Mouton, 1966, p. 67-75.

[5] Destatte J., Des mineurs et des savants. Comment l’exploitation houillère a contribué au progrès des sciences et des techniques, Blégny, « Les cahiers de Blégny-Mine », 2015, p. 15.

[6] Voir Laissus Y., Les cabinets d’histoire naturelle, in Taton R., dir., Enseignement et diffusion des sciences en France au 18e siècle, Paris, Hermann, 1986, p. 360-410 et Birembaut A., L’enseignement de la minéralogie et des techniques minières, Ibid., p. 658-712.

[7] Darquenne R., Controverses sur la nocivité du charbon de terre…

[8] Vercleyen J., Histoire du charbon, Bruxelles, Labor, 1965, p. 113.

[9] John Evelyn publie en 1661 un pamphlet retentissant adressé au roi Charles II où il y dénonce les nuisances causées à Londres par les fumées de charbon (Evelyn J., Fumifugium, or, The inconveniencie of the aer and smoak of London dissipated with some remedies humbly proposed by J.E. esq. to His Sacred Majestie, and to the Parliament now assembled, Londres, 1661). Sur la pollution de l’air engendrée par les fumées de charbon, voir l’étude de Perter Brimblecombe sur le cas londonien (Brimblecombe P., The Big Smoke. A history of air pollution in London since medieval times, Londres, Routledge, 2011, p. 22-38 [1e éd. angl., 1987]) et la synthèse de Peter Thorsheim (Thorsheim P., Inventing Pollution. Coal, Smoke, and Culture in Britain since 1800, Athens, Ohio University Press, 2006, p. 1-9).

[10] Déjà en 1520, la Faculté de médecine de Paris s’interroge sur la nocivité du charbon pour la santé (cité dans Trénard L., Le charbon avant l’ère industrielle…, Paris, Mouton, 1966, p. 55).

[11] Kircher A., Mundus Subterraneus quo Divinum Subterrestris Mundi Opisicium, mira Ergasteriorum Naturae in eo distributio, verbo πανάμοβον Protei Regnum, Universae denique Naturae Majestas et divitia summa rerum varietate exponuntur. Abditorum effectuum causae acri indagine inquisitae demonstrantur ; cognitae per Artis et Naturae conjugium ad humanae vitae necessarium usum vario experimentorum apparatu, necnon novo modo, et ratione applicantur, Amsterdam, 2, 1665, p. 70.

[12] Hoffmann F., Observationes physico-chimicae, Halle, 1736, p. 227.

[13] Destatte J., Des mineurs et des savants…, p. 17.

[14] De Pöllnitz C.-L., Mémoires de Charles-Louis baron de Pöllnitz, contenant les observations qu’il a faites dans ses voyages et le caractère des personnes qui composent les principales cours de l’Europe, 3, Liège, Joseph Demen, 1734, p. 222-223.

[15] Pfeiffer, Histoire du charbon de terre et de la tourbe, Paris, 1776, p. 17.

[16] Waleffe B.-H. de Corte, baron de, Les Titans ou l’Ambition punie, Liège, 1725, préface.

[17] Morand, Mémoires sur la nature, les effets, propriétés et avantages du feu de charbon de terre, etc., Paris, Delalain, 1770, p. 167-183.

[18] Fressoz J.-B., Circonvenir les « circumfusa ». La chimie, l’hygiénisme et la libéralisation des « choses environnantes » : 1750-1850, in Revue d’Histoire Moderne et Contemporaine, 56, 4, 2009, p. 39-76.

[19] Voir, entre autres, Barles S., La ville délétère. Médecins et ingénieurs dans l’espace urbain, 18e-19e siècle, Seyssel, Champ Vallon, 1999 ; Corbin A., Le miasme et la jonquille, Paris, Aubier, 1982 ou Le Roux T., Le laboratoire des pollutions industrielles. Paris, 1770-1830, Paris, Albin Michel, 2011.

[20] […] l’air de la campagne de Rome tue aussi promptement que le fer l’étranger qui ose s’exposer à son activité durant le sommeil. L’air y est toujours pernitieux de quelque costé que le vent soufle, ce qui met en évidence que la terre est la cause de l’altération de l’air. Cette infection prouve donc qu’il est survenu dans la terre un changement considérable, soit qu’il vienne de ce que la terre n’est plus cultivée comme du temps des Césars, soit qu’on veuille l’attribuer aux marais d’Ostie et à ceux de l’Ofante, qui ne sont plus desseichés comme autrefois, soit enfin que cette altération procède des mines d’alun, de souffre et d’arsenic qui depuis quelques siècles auront achevé de se former sous la superficie de la terre et qui présentement envoyent dans l’air, principalement durant l’été, des exhalaisons plus malignes que celles qui s’en échapoient lorsqu’elles n’avoient pas encore atteint le degré de maturité où elles sont parvenues aujourd’hui (Dubos abbé, Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, Paris, Jean Mariette, 2, 1719, p. 266-268).

[21] Fressoz J.-B., L’Apocalypse joyeuse. Une histoire du risque technologique, Paris, Le Seuil, 2012, p. 149-337.

[22] Massard-Guilbaud G., Histoire de la pollution industrielle. France, 1789-1914, Paris, EHESS, 2010 et Le Roux T., Le laboratoire des pollutions industrielles…

[23] Fressoz J.-B. et Le Roux T., Protecting industry and commodifying the environment : the great transformation of French pollution regulation, 1700-1840, in Massard-Guilbaud G. et Mosley S., dir., Common Ground. Integrating the social and environmental in History, Cambridge, Cambridge Scholars Publishing, 2011, p. 340-366.

[24] Fressoz J.-B., « Mundus Oeconomicus » : révolutionner l’industrie et refaire le monde après 1800, in Pestre D., Raj K. et Sibum H. O., dir., Histoire des sciences et des savoirs, 2 : Modernité et globalisation, Paris, Le Seuil, 2015, p. 378-381.

[25] Woronoff D., Histoire de l’industrie en France du 16e siècle à nos jours, Paris, Le Seuil, 1998, p. 117-123.

[26] Bien que de nombreux historiens postulent l’existence de cette crise forestière à l’échelle européenne comme Rolf Sieferle, Kenneth Pomeranz, Paul Warde ou Thorkild Kjaergaard, celle-ci demeure controversée et n’a pas le même impact selon les régions. Pomeranz et Kjaergaard estiment que la couverteure forestière chute à 16 % du territoire pour la France contre 33 % au 16e siècle, à 4 % pour le Danemark alors qu’elle était entre 20-25 % en 1500, à 5 à 10 % pour l’Italie, l’Espagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne vers 1850 (Kjaergaard T., The Danish Revolution (1500-1800) : An Ecohistorical Interpretation, Cambridge, Cambridge University Press, 1994 ; Pomeranz K., Une grande divergence. La Chine, l’Europe et la construction de l’économie mondiale, Paris, Albin Michel, 2010 ; Warde P., Forests, Energy and Politics in the Early Modern German States, in Cavaciocchi S., dir., Economia e energia secc. XIII-XVIII, Prato, Instituto Internazionale di Storia Economica « F. Datini », 2002 et Sieferle R. P., The Subterranean Forest…). Cette crise ne touche pas forcément les régions européennes de la même manière ni avec les mêmes gravité et intensité. Ainsi, Pierre-Alain Tallier, prenant le contrepied de la thèse de Goblet d’Alviella, constate que, dans leur ensemble, la situation des bois et forêts des Pays-Bas autrichiens est globalement satisfaisante (Tallier P.-A., Forêts et propriétaires forestiers en Belgique de la fin du 18e siècle à 1914. Histoire de l’évolution de la superficie forestière, des peuplements, des techniques sylvicoles et des débouchés offerts aux produits ligneux, Bruxelles, Académie royale de Belgique, « Mémoire de la Classe des Lettres, coll. in-8°, 3e série », 32, 2004, p. 97-108 et Goblet d’Aviella F., Histoire des bois et forêts de Belgique. Des origines à la fin du régime autrichien, 2, Paris-Bruxelles, 1928, p. 330). Par contre, la crise forestière semble toucher fortement le nord du bassin parisien comme le montre Buridant dans sa thèse d’habilitation à diriger les recherches (Buridant J., Le premier choc énergétique. La crise forestière dans le nord du bassin parisien (début 18e-début 19e siècle), Université Paris 4, 2008 (Thèse pour l’habilitation à diriger les recherches en histoire inédite). Voir également Corvol A., L’homme et l’arbre sous l’Ancien Régime, Paris, Economica, 1984.

[27] Jars, Voyages métallurgiques ou recherches et observations sur les mines et forges de fer, la fabrication de l’acier, celle du fer-blanc, et plusieurs mines de charbon de terre, faites depuis l’année 1757 jusques et compris 1769, en Allemagne, Suède, Norwège, Angleterre et Écosse suivies d’un mémoire sur la circulation de l’air dans les mines et d’une notice de la jurisprudence des mines de charbon dans le Pays de Liège, la province de Limbourg et le comté de Namur, Lyon, Gabriel Regnault, 1774, p. 325.

[28] Radkau J., The Age of Ecology. A global history, Cambridge, Polity Press, 2014 [1e éd. allemande, 2011], p. 13-14.

[29] Guttinger P., Droit minier et environnement, in Cornu M. et Fromageau J., éd., Genèse du droit de l’environnement, 2 : Droit des espaces naturels et des pollutions, Paris, L’Harmattan, 2001, p. 36-41.

[30] Debeir J.-C., Deléage J.-P. et Hémery D., Une histoire de l’énergie. Les servitudes de la puissance, Paris, Flammarion/NBS, 2013, p. 193-199.

[31] Trénard L., Le charbon avant l’ère industrielle…, p. 59.

[32] Gillet M., Les charbonnages du nord de la France au 19e siècle, Paris, Mouton, 1973, p. 25 et Watelet H., Une industrialisation sans développement : le bassin de Mons et le charbonnage du Grand-Hornu du milieu du 18e au milieu du 19e siècle, Louvain, « Recueil des travaux d’histoire et de philologie de l’Université de Louvain. 6e série »,  22, 1980, p. 164-165.

[33] Darquenne R., Histoire économique du département de Jemappes, in Mémoires et publications de la société des sciences, des arts et des lettres du Hainaut, 79, 1965, p. 121.

[34] Morand, L’art d’exploiter les mines de charbon de terre, 3 : Seconde partie. Suite de la quatrième section. Essai de théorie pratique sur les différentes manières d’employer le charbon de terre pour les manufactures, atteliers et usages domestiques, Paris, 1777, p. 1258-1259.

[35] Radkau J., The Age of Ecology…, p. 21-23.

[36] Rauch F. A., Harmonie hydro-végétale et météorologique, ou recherches sur les moyens de recréer avec nos forêts la force des températures et la régularité des saisons par des plantations raisonnées, Paris, Levrault, 2 t., 1802.

[37] Locher F., Changement climatique, agir humain et colonisation, in Pestre D., Raj K. et Sibum H. O., dir., Histoire des sciences et des savoirs, 2…, p. 435-450.

[38] Voir Fressoz J.-B. et Locher F., Modernity’s frail climate. A climate history of environmental reflexivity, in Critical Inquiry, 38, 3, 2012, p. 579-598 et Locher F., Le Savant et la Tempête. Étudier l’atmosphère et prévoir le temps au 19e siècle, Rennes, PUR, 2008.

[39] Leboutte R., Vie et mort des bassins industriels en Europe 1750-2000, Paris, L’Harmattan, 1997, p. 73-92.

[40] Wrigley E. A., The Path to Sustained Growth : England’s Transition from an Organic Economy to an Industrial Revolution, Cambridge, Cambridge University Press, 2016 et Blais M., Dieu, la Nature et l’Homme. L’originalité de l’Occident, Paris, Armand Colin, 2013, 2e partie, p. 81-106.

[41] Trénard L., Le charbon avant l’ère industrielle…, p. 78.

[42] Darquenne R., Histoire économique du département de Jemappes…, p. 123.

[43] Genneté C., Construction de cheminée qui garantit du feu et de la fumée, Paris, Lambert, 1759.

[44] Leuilliot P., L’Alsace au début du 19e siècle, 2 : Les transformations économiques, Paris, Sevpen, 1959, p. 142 ; cité dans Trénard L., Le charbon avant l’ère industrielle…, p. 78.

[45] Bertholet P., Inventaire des archives de la Société libre d’émulation de Liège, 1779-1790, Bruxelles, Archives générales du Royaume et Archives de l’État dans les Provinces, Archives de l’État à Liège, « X1 », 1999, p. 9.

[46] Trénard L., Le charbon avant l’ère industrielle…, p. 79-80.

[47] Woronoff D., Histoire de l’industrie en France…, p. 211-217.

[48] Darquenne R., Histoire économique du département de Jemappes…, p. 123-124.

[49] Terrin J.-J., Le monde souterrain, Paris, Hazan, 2008, p. 150 et suivantes.

[50] Williams R., Notes on the Underground. An Essay on Technology, Society, and the Imagination, Cambridge, The MIT Press, 2008, p. 82-120 et Mathieu J., The Third Dimension : A Comparative History of Mountains in the Modern Era, Cambridge, The White Horse Press, 2011.

[51] Quenet G., L’environnement et ses savoirs, in Pestre D. et Van Damme S., dir., Histoire des sciences et des savoirs, 1 : De la Renaissance aux Lumières, Paris, Le Seuil, 2015, p. 474-475.

[52] Terrin J.-J., Le monde souterrain…, passim.

[53] Bauer G., dit Agricola, De Re Metallica, 1556.

[54] Destatte J., Des mineurs et des savants…, p. 65.

[55] Gohau G., Histoire de la géologie, Paris, La Découverte, 1987, p. 106.

[56] Williams R., Notes on the Underground…, p. 22-29.

[57] Bednik A., Extractivisme. Exploitation industrielle de la nature : logiques, conséquences, résistances, Neuvy-en-Champagne, Le passager clandestin, 2016, p. 31-32.

[58] Voir au sujet de la construction de la « culture visuelle » du sous-sol, l’ouvrage d’Eric Nystrom sur le développement de la cartographie et de la modélisation minière aux États-Unis : Nystrom E. C., Seeing Underground. Maps, Models, and Mining Engineering in America, Reno-Las Vegas, University of Nevada Press, 2014.

[59] Quenet G., L’environnement et ses savoirs…, p. 472.

[60] Haoudy K. et Vincke V., Les énergies fossiles : l’exploitation des mines de charbon avant la Révolution industrielle, in Halleux R., Vandersmissen J., dir., Tomsin P., coll., Histoire des techniques en Belgique. La période préindustrielle, 1, Liège, Les éditions de la province de Liège, 2015, p. 243-249.

[61] Destatte J., Des mineurs et des savants…, p. 47-48.

[62] Voir les études très riches et complètes de Rudwick sur cette question : Rudwick M. J. S., Worlds before Adam. The Reconstruction of Geohistory in the Age of Reform, Chicago, The University of Chicago Press, 2008 ; Id., Bursting the Limits of Time. The Reconstruction of Geohistory in the Age of Revolution, Chicago, The University of Chicago Press, 2007 et Id., Earth’s Deep History. How it was discovered and why it matters, Chicago, The University of Chicago Press, 2014.

[63] Fressoz J.-B., « Mundus oeconomicus »…, p. 385.

[64] Say J.-B., Cours complet d’économie politique pratique, Bruxelles, Dumont, 1836, p. 127.

[65] Blay M., Dieu, la Nature et l’Homme. L’originalité de l’Occident, Paris, Armand Colin, 2013, p. 104.

[66] Bonneuil C. et Fressoz J.-B., L’événement Anthropocène. La Terre, l’histoire et nous, Paris, Le Seuil, 2013, p. 45-50.

[67] Caulier-Mathy N., La modernisation des charbonnages liégeois pendant la première moitié du 19e siècle. Techniques d’exploitation, Paris, Les Belles Lettres, « Bibliothèque de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Liège », 192, p. 52. Sur le tracé des veines, voir, entre autres, Mémoire de M. de Wavrechin, in Saint-Léger A. de, Les mines d’Anzin et d’Aniche pendant la Révolution, 6, Paris, 1935, p. 89-92.

[68] Parmentier I., Histoire de l’environnement en Pays de Charleroi, 1730-1830. Pollution et nuisances dans un paysage en voie d’industrialisation, Bruxelles, Académie royale de Belgique, « Mémoire de la Classe des Lettres, coll. in-8°, 3e série, 47 », 2008, p. 35-38.

[69] Monnet A., Traité de l’exploitation des mines où l’on décrit la situation des mines, l’art d’entailler la roche et la substance des filons, de former les puits et les galeries, de procurer de l’air aux souterrains, d’en vider les eaux, d’élever les roches et les mines au jour, et de percer la terre, avec un traité particulier sur la préparation et le lavage des mines, Paris, 1773.

[70] Trénard L., Le charbon avant l’ère industrielle…, p. 80.

[71] Jars G., Voyages métallurgiques…

[72] Par exemple, la traduction par Monnet de : de Born, Voyage minéralogique fait en Hongrie et en Transylvanie par M. de Born, Paris, 1780.

[73] Trénard L., Le charbon avant l’ère industrielle…, p. 67.

[74] Bauer G., dit Agricola, De ortu et causis subterraneorum libri V. De natura eorum quae effluunt ex terra libre IIII. De natura fossilium libri X. De veteribus et novis metallis libre II. Bermannus, sive de re metallica dialogus. Interpretatio Germanica vocum rei metallicae, addito Indice foecundissimo, Bâle, Hieronymus Froben et Nicolaus Episcopius, 1546.

[75] Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, 3 : Cha-Conjonctif, Paris, 1753, p. 186-190.

[76] Destatte J., Des mineurs et des savants…, p. 21.

[77] Genneté L. de, Connoissance des veines de houille ou charbon de terre et leur exploitation dans la mine qui les contient, avec l’origine des fontaines et de-là des ruisseaux, des rivières et des fleuves, 2 vol., Nancy, 1774.

[78] Gaier C., Huit siècles de houillerie liégeoise. Histoire des hommes et du charbon à Liège, Liège, Éditions du Perron, 1988, p. 22-23.

[79] Buffon G., Histoire naturelle des minéraux, 1, Paris, Imprimerie royale, 1783, p. 427-431.

[80] Voir Gohau G., Les Sciences de la Terre aux 17e et 18e siècles, Paris, Albin Michel, 1990.

[81] Trénard L., Le charbon avant l’ère industrielle…, p. 73.

[82] Encyclopédie méthodique. Finances, 1, Paris-Liège, Panckoucke-Plomteux, 1784.

[83] Voir par exemple les propos tenus par Delandine A., Des mines et carrières de charbon de terre, Paris, 1791. Pour un aperçu plus complet des théories scientifiques sur le charbon durant l’Ancien Régime, voir Benoît P. et Verna C., éd., Le charbon de terre en Europe avant l’usage industriel du coke. Actes du 20e congrès international d’histoire des sciences les 20-26 juillet 1997 à Liège, Turnhout, Brepols, « De Diversis Artibus, 44, 1999.